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 Chapitre 38 [Dans la montagne...]

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Ielenna
Gardienne sacrée des Pierres
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MessageSujet: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Lun 22 Oct - 20:09

Chapitre 38


Partie1

Le soleil se faisait paresseux en cette matinée, ne dédaignant se montrer qu’au moment où nous quittions Pirofoby en douce, silencieusement, sans prévenir notre départ à qui que ce soit, et surtout pas à cette prétentieuse Carwen qui m’avait gâchée ma soirée. Nous sortîmes donc de la ville, sur nos chevaux, la petite Hydnée encore toute ensommeillée, sa mère semblait perplexe, un peu inquiète, quant aux garçons, ils paraissaient bien éveillés, mais ne soufflaient mot.

- Ca va ? demandai-je à Floïn en rajustant une mèche de cheveux derrière mon oreille.
- Je suis angoissée…m’avoua-t-elle, la peur se ressentait dans ses paroles.
- De quoi donc ? demandai-je, curieuse de connaître ses craintes.
- Pour ma mère, pour Ewen…répondit-elle en se tournant vers moi, la mine grave. J’espère que l’armée n’est pas encore arrivée à Faritè…J’ai des limites concernant la confiance envers ma mère. C’est pour cela que je me suis disputée avec elle étant jeune. Aucune de nous deux ne faisait confiance à l’autre, et cela nous a chacune mise sur les nerfs, à présent je le regrette. J’ai pris mes affaires et j’ai fugué une nuit, sans rien laisser, pas un mot, pas une raison… Depuis l’autre jour, je n’ai eu aucune nouvelle d’elle. Durant des années, j’ai vécue seule, une vie errante, me promenant d’homme en homme, j’étais vraiment débauchée… Misérable, triste, sans vie et sans argent, Et puis, il y a six ans de cela, j’ai rencontrée Ewen à Kioto. Tout de suite, il a su m’écouter jusqu’au bout, il m’a acceptée comme je suis, avec mes qualités et mes défauts. Et malgré notre différence d’âge, nous nous sommes aimés, et deux ans plus tard est née Hydnée… Depuis, je mène ce chemin habituel, mais, j’avais prévu qu’Ewen vienne me trouver chez ma mère, et cette armée qui arrive… J’ai peur pour lui…

Je souris légèrement, comme pour la rassurer.

- Ils n’ont aucune raison de s’en prendre à lui, c’est un humain, ajoutai-je. C’est sûr que s’il s’agissait d’un Netiad, il y aurait plus de complications.
- Je m’inquiète quand même…

Quelques temps plus tard, après avoir commencé à gravir la pente des montagnes nous sommes arrivés à une cascade, découlant sur une grande rivière, sûrement celle qui traversait la cité de Pirofoby. Cette eau était si pure, si belle, que je l’admirais du haut de mon cheval, juste au bord, fixant ce reflet mobile à la surface cristalline.

- Elle a l’air fraîche, déclara Naid en se penchant.
- Trop fraîche, ajouta Astiran. Je ne crois pas que j’irai me baigner si on me le proposait…
- De toute façon, tu as toujours été un frileux ! m’exclamai-je, amusée.
- Tu n’as pas tort…répondit-il.

Hydnée commença à remuer, assise sur le cheval.

- Maman ? Je peux aller mettre les pieds dans l’eau ? Dis maman… demanda-t-elle d’une petite voix gémisseuse.
- Non, c’est beaucoup trop profond et le courant est trop fort, répondit-elle calmement en prenant délicatement les mains de sa fille.
- C’est vrai qu’elle est large et profonde cette rivière…murmura Naid.

Alors que l’on rêvassait devant la pureté de cette eau, des bruits de sabots au galop commencèrent à se faire entendre, nous détournâmes tous la tête vers sa provenance, étonnés de cette présence. Se dégageant des silhouettes des arbres, un cheval bai surgit devant nous, portant sur son dos une personne encapuchonnée dans une longue cape beige, une arbalète à la main. Prévenante, Floïn blottit sa fille contre elle, celle-ci ne disant rien, se doutant elle aussi d’un danger caché. Personne n’ajouta rien, attendant que l’arrivant se déclare.

- Enfin, je vous retrouve…Vous croyiez ainsi m’échapper ? commença l’inconnu.
- Qui êtes-vous ? demanda Naid, mis sur ses gardes.

Alors, lentement, la personne retira son capuchon, se dévoilant : il s’agissait de Carwen. Le noir fit place dans mon esprit, toujours ce sentiment de haine et de rancune, l’envie de lui casser la mâchoire afin qu’elle se taise !

- Pourquoi nous avoir suivi ? lui demandai-je d’une voix meurtrière. Vous désirez donc bien une mort douloureuse ?!
- Non, pas pour la mienne…continua-t-elle, mais pour la vôtre.

Je me mis à rire jaune, très faussement, un rire que je n’avais jamais l’habitude d’utiliser.

- Pour nos vies…susurrai-je. Mais pour qui vous prenez-vous donc ? Vous savez qui je suis au moins pour vous adressez ainsi ?!
- Calme-toi Diphtil…me demanda Naid en m’attrapant le bras. Expliquons nous, je t’en prie…

Mais, agressivement, la colère dans les yeux, je lui dégageais sa main, alors, il fit une tête étrange, un peu craintive comme si j’étais un monstre devant lui.

- Lâche moi…grognai-je.

Alors que je fixais Naid le plus hargneusement que je pouvais, Carwen, rapide comme l’éclair, prit son arbalète bien en main, me visant, un carreau déballa à toute vitesse et m’atterrit sous la gorge violemment.

- Au revoir…petite déesse…

Sa puissance était telle, que je fus légèrement propulsée de mon cheval et que je tombai dans la rivière sur le dos, à moitié inconsciente, la douleur du carreau planté continuant à persister dans une terrible souffrance.

- Diphtil ! cria Naid.
- N’y va pas Naid, je m’en charge ! lui répondit Astiran, paniqué, en retirant ses objets lourds.

Hydnée commença à pleurer dans les bras de sa mère, totalement affolée, qui, galopant vers Carwen, lui subtilisa agilement son arbalète.

- Est-ce que tu sais au moins nager ?! demanda Naid à Astiran, plus terrifié que jamais.

Mais celui-ci ne lui répondit pas, et plongea dans la rivière à l’eau fraîche, la brassant le plus vite et le plus puissamment qu’il le pouvait. Fonçant vers moi, submergée dans l’eau, ayant un peu perdue mes esprits, je sentis ses bras me sortir de l’eau avec l’énergie qu’il lui restait. Son visage crispé, respirant comme il le pouvait, il tentait désespérément de nous ramener vers la rive, mais nager avec moi comme fardeau, était loin d’être faisable. Néanmoins, il le voulait, concentrant toutes ces forces vitales, il faisait de son possible afin d’atteindre le rivage, rien à faire, le courant était beaucoup trop puissant… Un cri strident se fit entendre, levant la tête, luttant contre tout, il s’aperçut de la présence d’un grand faucon brun qui planait juste au-dessus de lui, comme veillant sur nous, nous fixant de ses yeux jaunes perçants. Il n’y avait aucun doute pour Astiran, il s’agissait de la statuette animalière de Floïn, celle de l’air. Alors…pourquoi ne pas faire usage de ses pouvoirs ? Me portant comme il le pouvait, il se concentra sur ses dernières forces, les plus puissantes, et une énorme branche épaisse se mit à pousser depuis la rive jusqu’au milieu de la rivière, bloquant ainsi la plupart du passage. Puis, à bout de force, mais déterminé à nous sortir de là, il sortit une main de l’eau et s’agrippa au rondin, s’y maintenant. Elle saignait à force d’essayer d’avancer vers le rivage, son autre bras commençait à ne plus soutenir son poids et la force du courant qui tentait chaque seconde de m’emporter, tandis qu’il réussit à maintenir ma tête hors de l’eau afin que je puisse respirer convenablement. Le faucon continuait de piauler au-dessus de nos têtes, comme pour encourager tous les efforts que fournissait Astiran. Crispant son bras, il força dessus, et dans un cri de douleur et de courage, réussit à me pousser en dehors de l’eau. Respirant par saccade, se soutenant toujours à la branche, à présente hors de danger, et grâce aux ultimes forces qu’il lui restait, il sortit également de la rivière, se traînant sur la glèbe vint à mes côtés. Se tenant à distance du sol à l’aide de ses bras flageolants, il parvint à me retirer le carreau planté sous ma gorge, qui heureusement pour moi, n’avait atteint ni la trachée ni l’œsophage. Par ailleurs, cette blessure, quoique profonde commençait déjà à cicatriser, grâce à mon pouvoir régénérateur… Puis, il me prit dans ses bras, tout tremblant de partout.

- J’ai mal…couinai-je. …J’ai si mal…
- C’est fini…me réconforta-t-il. Tout va bien se passer…je t’en prie…ne parle pas…


Merci Isilili pour l'image !



Il leva avec peine la tête vers le faucon qui effectuait les cercles dans les airs, comme pour indiquer notre position. Quelques instants plus tard, arrivèrent en trombe Naid et Floïn, tenant de force les rênes du cheval de Carwen, mine déconfite, d’une main, ses propres rênes de l’autre, alors qu’Hydnée s’agrippait à la crinière du cheval bai, pour se consoler, sentir cette présence animale avec elle. Naid, totalement paniqué, sauta de son cheval et se précipita vers nous, s’agenouillant à côté de moi, me prenant dans ses bras. Astiran, à bout de force, se leva difficilement, respirant avec difficulté, se soutenant à l’arbre d’à côté.

- Ca suffit…ça suffit !! se mit-il à crier à l’adresse de Carwen, relevant sa tête trempée, un mélange d’eau pure et de sueur. Je ne vous pardonnerai jamais si vous blessez quelqu’un que j’aime !! Personne ne pourra jamais briser le lien qui nous unit…vous m’entendez…personne !! Ce n’est pas vous, ni personne d’autre d’ailleurs qui pourra nous séparer, même pas la mort… ! Elle est irremplaçable pour moi !! Alors cessez donc ce comportement insensé, espèce de vipère !!!
- Attends…Astiran…

Tout le monde se tourna vers moi, qui venais de prononcer ces faibles mots à peine perceptibles. Avec l’aide de mon frère, je me remis sur pieds, quoique instable et fixa Carwen du regard, pas furieusement ou avec rancune, mais, curieusement, avec pitié.

- Ce… n’est pas… la véritable Carwen…
- Que dites vous ?! s’étonna Floïn en dévisageant la femme à côté d’elle.
- Il n’y a…que…son corps…

Personne ne répondit, ni même la petite Hydnée ne souffla mot. Alors, je levai la main sous le regard effrayée de Carwen, dont les lèvres pourpres tremblaient.

- Je…je vais la délivrer de ce mal…finis-je.

Un petit tourbillon blanchâtre se forma au creux de ma paume encore trempée et glaciale, tandis que celui-ci s’allongea longuement, jusqu’à atteindre Carwen de plein fouet. Un lien incassable venait de se former, je ne pouvais plus revenir en arrière, pas avant que je réussisse ce que je commençai… La pauvre femme fut comme saisie par la gorge, yeux révulsés, mains sur le buste, tandis que la bourrasque finit à tourbillonner de plus en plus puissamment. Les autres ne pouvaient qu’assister à ce glauque spectacle, n’ayant la capacité de réagir, ils demeuraient immobiles, seuls observateurs silencieux, néanmoins, Hydnée, prise de terreur, cacha sa tête dans la crinière du cheval en se bouchant les oreilles. Je discernai dans les yeux de Carwen un reflet rouge et brillant, un regard malveillant… Soudain émergea de ses lèvres une fumée noirâtre et âcre, à l’aspect astringent : un des fantômes noirs que l’on avait croisé plusieurs fois sur notre route venait d’apparaître, naissant du corps de Carwen ! Alors, ils écarquillèrent des yeux, estomaqués, mais ils n’eurent aucune réaction d’attaque contre le spectre, ils n’en avaient pas la peine : la masse fumeuse éclata en milles volutes après s’être tordue sur elle-même dans un horrible cri strident qui perça les tympans. Ensuite plus rien, mes esprits me quittèrent également…
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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Lun 22 Oct - 20:18

Partie 2



Pendant ce temps...

- L’opération a échouée…je m’en serais doutée…murmura-t-il gravement, caché dans l’ombre de son capuchon.
- Que dites-vous ?
- Rien d’important… répondit Sarïn, un rictus malveillant aux lèvres, posant lentement une main boudineuse sur la table installée devant lui.

En face se tenait, assis sur une grande chaise confortable, un homme d’âge mâture, sa barde blonde le témoignant, épaisse de quelques centimètres. Ses cheveux longs de la même teinte cachaient à moitié un cerceau d’or qui entourait son front exubérant, serti d’une pierre aux reflets vert émeraude. Ses yeux sages et remplis de volonté montraient explicitement qu’il n’abandonnait aucun but qu’il se donnait avant de l’avoir accompli. Dépassaient de ses cheveux une paire d’oreilles assez impressionnante. Vêtu de riches habits, et entouré de deux boîtes de conserves, s’agissant de soldats armés jusqu’aux dents, évidemment, c’était bien Drehardir, le roi du royaume d’Edenor. Il fixait Sarïn, dont le visage était totalement invisible, dissimulé dans les ténèbres.

- Comment se déroulent les premiers pas dans votre nouveau royaume… ? demanda le prêtre lentement, accentuant chaque mot.
- Apparemment, personne n’ose s’opposer à moi ici, l’invasion risque d’être rapide… répondit le roi en parlant en gesticulant.
- D’un côté, les frontières sont assez désertes…face des dizaines de milliers d’hommes, ces Neltiads peuvent déjà creuser leurs propres tombes…continua Sarïn en baissant la tête d’une voix lourde.
- Ils n’auront plus de bras pour pouvoir y parvenir ! gloussa Drehardir, dans sa folie.

Soudain, un soldat essoufflé accouru, se précipitant vers le roi, qui, étonné de sa arrivée fracassante, écarquilla des yeux, tandis que les gardes ne bougèrent pas d’un poil, restant sur leurs ordres.

- Que se passe-t-il donc pour que l’on puisse débarquer ainsi ?! s’étonna le roi, les sourcils froncés.
- Votre Majesté…commença le soldat, ahané. Nous avons un problème par rapport au plan d’invasion, un obstacle pour être plus précis…
- Et bien parle, voyons ! s’énerva le roi en frappant ses accoudoirs avec ses mains.

Il laissa juste le temps à l’homme de reprendre son souffle, puis, il développa sa raison d’entrée.

- Nous avons affaire à un opposant…enfin…une opposante…reprit-il.
- Une femme ?! s’étonna Drehardir stupéfait de la nouvelle. Elle est bien courageuse ! Mais je ne vois pas en quoi elle représente un danger face à notre avancée…
- C’est une vieille dame…ajouta le soldat, main sur le torse.
- En plus ! Et vous osez me dire qu’elle vous pose problème !! s’exclama le roi, qui désirait tout entendre.

Sarïn restait impassible, immobile, il ne soufflait mot, tendant l’oreille à la conversation qui s’offrait à lui.

- Nous ne savons encore quel genre de magie utilise-t-elle…mais…elle envoie valdinguer nos soldats dans les airs…

Alors, croyant à une plaisanterie, le roi se mit à rire grassement.

- Vous vous moquez de moi ! Vous prétendez qu’une vieille femme vous résiste, alors que vous êtes à cent contre une !
- Sur tout le respect que je vous dois, votre Altesse, reprit le brave soldat, je vous prie de croire mes propos… Si vous en doutez, venez donc au dehors constater ceci de vos propres yeux…

Le roi, les yeux écarquillés, se rendant compte de la sincérité de son subordonné, se leva en s’appuyant au rebord du trône.

- J’ai du mal à vous croire, lieutenant…déclara-t-il en se grattant la barbe, donc, je préfèrerai venir confirmer vos dires grâce à mon regard, « milles témoignages ne valent pas un regard »…

Il invita donc Sarïn a en faire de même, puis, accompagnés des gardes, ils sortirent du monastère, sur la place se tenaient des centaines de soldats, un peu dans le désordre, certains, blessés, se faisaient soigner.

- C’est de la folie…se plaignait l’un d’entre eux, la main posée sur une énorme bosse.
- Pourquoi nous envoyer ainsi au suicide…continuai un autre à côté.
- Engagez-vous…rengagez-vous qu’ils disaient…termina le dernier, la jambe en sang, le visage crispé dans la douleur.

Mais, tous se turent en constatant l’arrivée de leur roi, tous le regard tourné vers sa direction, à ses côtés, Sarïn, toujours encapuchonné, les mains, liées, cachée dans ses longues manches.

- Que se passe-t-il donc ici !? s’exclama Drehardir, qui ne saisissait pas tout, voir tout ce chaos. Général Crywin ! Je veux un rapport !

Alors, un homme de fort belle carrure, plutôt jeune, cheveux bruns en bataille, merveilleux yeux bleus, se présenta devant le roi et s’inclina légèrement.

- Votre Majesté, un inconvénient s’est glissé dans nos plans…commença-t-il un sourire aux coins des lèvres.
- Dites donc ! s’excita le roi.
- Un léger souci d’invasion…continuai ainsi le jeune général, s’amusant de faire trépigner son roi de cette manière.
- Allez vous donc m’expliquer à la fin ! s’énerva le roi.
- Ne vous irritez pas, mon Roi, le rouge n’est pas la teinte idéale à votre figure…reprit Crywin, fier de lui.

Drehardir, mécontent, grogna dans sa barde. Malgré son impertinence, le général Crywin était le plus doué, un stratège hors norme, la perle rare que l’on s’arrachait sans arrêt.

- Venez en aux faits, je vous prie…continua alors le monarque, en soupirant, tandis, qu’à côté, Sarïn ne bougeai pas d’un pouce.
- Nous avons une petite vieille qui contrecarre nos plans, même si cela est amusant, cela reste un problème gênant, répondit alors le général, toujours en souriant.
- Je ne vois pas en quoi une mamie serait un souci !!
- Venez donc voir, voulez vous…lui proposa alors Crywin.

Alors, il commença à marcher jusqu’à sortir de la ville de Déségipsien, afin de pouvoir discerner une maison, debout, seule au milieu de la prairie, à l’ancien emplacement du village de Faritè : la chaumière d’Elaeis. Le roi croisa ses bras et tapa du pied à terre.

- Et… ?

Le général baissa légèrement la tête en claquant des doigts, alors, un petit bataillon de soldats s’exécutèrent, se saisirent de leurs armes et se mirent à courir dans la plaine en direction de la cabane isolée.

- Et alors, vous allez bien voir de vos propres yeux…

Ils restèrent tous impassibles, fixant l’escadron qui s’éloignait vers le point d’impact. Puis, soudain, un vent fort se leva et tous les soldats furent soulevés un par un dans les airs, envoyés en tous sens, tandis que le roi, le prêtre et le général résistait à ce petit ouragan comme il le pouvait. Les recrues retombèrent du ciel en geignant, certains ayant très mal atterri au sol, s’étaient totalement retournés jambes, bras, poignets et chevilles. L’un d’entre eux, tombé sur la tête, perdit connaissance, allongé dans l’herbe sèche. Puis, un autre vent, moins fort, mais étrangement rotatif, comme un tube d’air en direction du roi se leva.

- Drehardir ! Je sais que c’est toi, sale ordure !! s’exclama une voix lointaine, à l’écho ancien mais aussi déterminé qu’un jeune adulte, transmise grâce au tunnel invisible.

Le monarque et son général parurent étonnés de cette voix qui prononçait de telles paroles, tandis que Sarïn resta de marbre.

- La descendante de Tiama, héritière du pouvoir des vents…murmura celui-ci.
- Hein ? s’étonna le roi, en se tenant l’arrière de la tête.
- Oui, c’est à toi que je parle espèce de mollusque !! continua la voix, sur un ton agressif. Si t’es pas assez intelligent pour comprendre, ce que je peux tout à fait admettre, ou si tes oreilles d’éléphant ne te suffise pas pour m’écouter, ce n’est pas mon problème !!

Le général Crywin esquissa un sourire en secouant la tête, amusé par ces paroles, tandis que le roi se tâta les oreilles, se demandant bien se qu’on leur voulait.

- Qui êtes-vous pour vous mesurer ainsi à moi ?!
- Je vais t’apprendre, crétin, que je suis Elaeis, la digne descendante de Tiama, et que je vais te botter l’arrière train avec toute ma bonne volonté !! répondit la vieille, toujours aussi prise au vif.

Epaté par le courage de la dame, le général siffla sous le regard noir de son supérieur.

- Est-ce que vous vous rendez compte à qui vous vous adressez, ou bien alors êtes vous démesurément idiote ?
- Si je ne savais pas à qui je m’adressais, je ne te traiterais pas de mollusque, patate !! cria la voix.
- Je suis le roi du Royaume d’Edenor, le souverain suprême du territoire humain ! déclara alors Drehardir. Si vous ne cessez pas immédiatement ces paroles hostiles, j’ordonne à mes armées de raser votre chaumière sur le champ !

Alors, ils entendirent un rire, sincère ou pas, cela n’avait aucune importance.

- Qu’est ce que j’ai peur ! feignit la voix dans un ton paniqué. Pour la seconde fois, malgré que je sache que ton petit pois n’ait pas enregistré l’information, je sais bien que tu es ce crétin de Drehardir, débile !! Deuzio, ramène tes gorilles, ils ne me font pas peur ! J’en ai déjà fracassé au moins une bonne centaine, et je retrousse mes manches, prête à recevoir d’autres de tes babouins ! Si cela ne te suffit pas, c’est moi-même qui t’enverrai rejoindre les moineaux dans les airs !

Extrêmement vexé, Drehardir inspira profondément, afin d’essayer de se calmer.

- Votre destin est scellé, descendante de l’air, demain, vous ne verrez pas l’aube se lever à l’horizon !!
- J’en tremble déjà…tellement tes paroles me font rire ! Ecoute-moi vieux fou, ma vie, je m’en fiche. Si je suis ici, c’est juste pour sauver des gens que j’aime, mais surtout pour pouvoir te botter l’arrière train !

Un rictus malveillant s’afficha sur les lèvres du roi, ayant trouvé le point faible d’Elaeis.

- Des gens qui vous sont chers, dites vous… ? dit-il, intéressé. Qui sont-ils donc ?
- Des personnes qui ne méritent même pas de connaître ton nom tellement il est vulgaire à prononcer ! répliqua la vieille.

Puis, ils l’entendirent soupirer.

- Entendre ta voix me dégoûte…termina-t-elle. Je coupe la conversation, mais sache que je t’attends de pied ferme et que je ne reculerai pas devant tes singes !

Alors, le vent cessa de tourner et s’évanouit en silence, laissant les trois hommes pensifs, tandis que les gardes ne bougeaient toujours pas, de véritables statues.

- Cette femme est impressionnante ! avoua le général Crywin en hochant la tête, impressionné par la prestation de la vieille dame. Je n’aurais jamais cru autant de…de…
- D’impertinence, oui ! se plaignit le roi. A plusieurs reprises m’a-t-elle insultée sans raison valable…
- C’est une Neltiade, il faut savoir la pardonner…dit le général.

Tandis que Sarïn écoutait sans rien dire, Drehardir pointa son subordonné du doigt.

- Vous avez jusqu’à demain pour établir un plan afin d’éliminer cette satanée dame ! lui ordonna-t-il.
- Pas besoin de me le demander, répondit le désigné en courbant légèrement sa tête vers son souverain, j’ai déjà toute l’idée prête en tête, et je suis sur le point de l’exécuter, dès que cela me sera possible, mais ce n’est nullement à moi de décider du moment…
- Venez m’en parler plus loin, cette vieille serait assez rusée pour écouter…Sarïn, suivez moi.
- Bien, votre Altesse…répondit celui-ci.

Tous deux retournèrent à la ville tandis que Crywin demeura un instant debout, tête tournée vers le point d’emplacement de la chaumière d’Elaeis.

« Je suis sincèrement désolé…je n’aurais sûrement pas le temps de t’offrir une sépulture décente… »
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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Lun 22 Oct - 20:20

Partie 3



Je n’aimais vraiment pas cette atmosphère, celle où vous voyez, où vous sentez les choses alentours, malgré que vous savez qu’il s’agit entièrement d’une fiction : un rêve. Mais on ressentait déjà cette ambiance lourde et pesante : j’étais angoissée. L’univers paraissait tout à fait banal, l’intérieur d’une forêt luxuriante et ensoleillée, malgré cette impression de paix et de calme, justement, cela paraissait trop calme… Je ne percevais aucun son, ni d’oiseaux, ni des ramures secouées par le vent plus léger qu’il soit, quel climat effrayant ! Mes pieds avançaient dans l’herbe qui n’était pas si verte qu’elle ne pouvait l’être en réalité. Je m’accroupis alors et passa deux doigts sur une touffe de celle-ci, puis frotta mes doigts entre eux : du sang frais. Alors, comme dégoûtée et terrifiée par ceci, j’essayais de m’en débarrasser le plus vite. Mais je remarquai que les traces de sang continuaient d’avancer… Malgré la peur qui me saisissait la gorge, j’avais envie d’en découvrir davantage, pris mon courage à deux mains et marchai lentement en suivant le sang qui se faisait de plus en plus présent au cours de mes pas. Je crois que je n’aurais jamais dû faire marche avant… Je levai les yeux vers le haut, trouvant pendu à un arbre un homme que je n’arrivai même pas à reconnaître, l’abdomen ouvert, déversant la moitié de ses organes. Si ce n’avait pas été un rêve aurais-je certainement vomi tout le contenu de mon estomac, mais je ne pus… Ne pouvant détacher mon regard, je commençai à me pincer la main puis à me donner de violentes claques, rien à y faire, je ne me réveillais pas pour autant. Par pitié, je voulais sortir de là, fixant le corps inerte et totalement dépecé. Puis, soudain, j’entendis le bruit d’un atterrissage derrière moi, me retournant brusquement, je découvris.

- Astiran ! m’exclamai-je à moitié rassurée de sa présence à ce moment, me précipitant vers lui. Qu’est ce qui ce… !

Mais net je m’arrêtai quelques mètres avant de l’atteindre, remarquant une lueur anomale dans ses yeux, qui n’étaient pas doux et apaisants, comme d’habitude, mais agressif, armé d’une envie meurtrière. Il tenait dans sa main sa fidèle épée, au pommeau serti de l’émeraude, et sa lame d’argent était teinte de rouge, de sang qui gouttait sur la pointe. Un éclair de crainte me traversa les yeux, sachant à un danger proche, émanant particulièrement de lui… Apeurée, je commençai à reculer lentement, le fixant dans ses yeux, tandis qu’il s’avançai vers moi, le visage crispé dans la haine. Malgré cet écart qui rétrécissait peu à peu entre nous deux, je ne m’enfuis pas, tenue immobile par la terreur de son regard, dans lequel crépitait un feu d’animosité, décidemment, ce n’était pas lui…J’avais si peur…



Arrivé à moi, il se saisit brusquement de mon col et me souleva lentement, étouffant à moitié, j’agrippai mes doigts sur ses mains couvertes de sang.

- Tu es fou ?! criai-je en me débattant de mon possible, balançant mes pieds qui ne touchaient même plus le sol. Reviens à tes esprits…je t’en prie !!

Mais il ne répondit pas, me fixant toujours de ses yeux hargneux, il me bouscula violemment, me fracassant le dos contre le tronc d’un arbre, m’assommant à moitié, ma tête se cognant brutalement contre la dure écorce.

- Astiran !! hurlai-je à plein poumons. Arrête !!

Ma tête assena à nouveau le brutal contact avec l’arbre afin de me faire taire. Il se saisit de son épée et la plaça sous ma gorge, menaçant de la trancher à tout moment, alors je n’ajoutai rien, morte d’effroi devant celui que j’aimais.

- Moi…arrêter… ?! me murmura-t-il entre ses dents. Crois-tu

véritablement que je vais donc cesser ce que je commence… ?
Sa lame toucha la surface de mon cou et son tranchant m’infligea une légère coupure qui me fit à peine grimacer. Tandis qu’il retira lentement son épée, son visage s’approcha de ma gorge sur laquelle coulait le sang frais provenant de cette plaie et posa ses lèvres dessus. Je sentis sa langue parcourir cette blessure, ressentant un horrible picotement qui me fit serrer des dents de douleur, ne désirant qu’une seule chose : m’éveiller le plus rapidement possible. Abominablement, il aspira peu à peu le sang émanant de cette coupure qui me cicatrisait pas comme à mon habitude à présent, au contraire, j’avais plutôt l’impression qu’elle s’approfondissait au contact de sa langue. Après quelques instants de supplice, il retira lentement son visage de ma gorge enflammée, devenue rouge, tandis que dégoulinait sur sa bouche l’hémoglobine fraîche, étirant ses lèvres en un rictus haineux, heureux de me voir souffrir ainsi.

- J’aime découvrir ce sentiment de douleur dans les yeux des personnes…susurra-t-il, en passant un doigt sur mon cou et le déposant ensuite à la surface de ses lèvres.
- Lâche-moi sale monstre !!! hurlai-je, désemparée. Tu n’es pas Astiran !!

Un ricanement sadique se fit entendre tandis qu’il me fixa de ses yeux qui n’avaient plus rien d’humain.

- Corporellement si…mentalement non…répondit-il en entrouvrant à peine ses lèvres en prononçant ses paroles. Ne me connais-tu donc pas… ?

J’examinai alors ce reflet malveillant dans ses pupilles, cette ombre rougeâtre de colère et de haine débordante, me faisant trembler.

- Zerda…murmurai-je de mon possible, toujours plaquée contre l’arbre, étouffant à moitié.
- Exact…continua-t-il. Ceci n’est peut-être qu’un rêve, un cauchemar pour ta part, mais n’oublie jamais ceci…

Tandis que je tremblais de tout mon long, néanmoins raide comme un piquet, ses lèvres s’approchèrent de mon oreille.

- Cela peut devenir réalité à tout moment…termina-t-il. Malgré un essai non convaincant, je n’ai pas l’intention d’en arrêter là… Mon but… ? Te tuer après avoir occire ton jeune frère et m’être emparer du corps de l’élu de ton coeur…D’ailleurs, comme à présent, je pense bien en finir avec toi par son biais… Ce que j’aime par-dessus tout, c’est voir la souffrance dans les yeux de ma victime…non pas corporelle, mais mentale…les torturer en procurant la mort, envoyer ses êtres chers vers le chemin des anciens trépassés… Découvrir en eux cette vulnérabilité…car, j’en suis certain…tu ne pourras en aucun cas me tuer si j’emprunte son enveloppe corporelle…
- Si je le pourrais !! répliquai-je sèchement. Le tuer, pour le ressusciter… Figure-toi que je ne suis pas la déesse de la vie pour rien, démon…

A nouveau retentit dans sa gorge ce mauvais rictus.

- Je m’attendais à que tu me répondes quelque chose dans le genre…répondit-il alors. Mais tu ne connais pas la meilleure… : quiconque meurt de ma faute ou alors dont le corps a formé mon abri ne pourra jamais être ramené à la vie…et le pire…c’est que son âme sera obligée de errer dans ce monde pour l’éternité… Alors…tu en dis quoi… ? Tu préférerais enfermer son âme dans ce monde ou le laisser vivre avec moi… ?

Je grimaçai rien qu’à cette idée…Je voulais m’enfuir, ne plus penser à cela ! Implorant les dieux de me délivrer de ce cauchemar, je baissai la tête, vaincue…

- Quel terrible dilemme, n’est ce pas ? continua-t-il. Et tu as peu de temps pour contre-attaquer. En attendant…je me fais un délice de te voir dans cet état ! Mais sûrement ne t’es-tu pas rendue compte de l’identité de ce noble pendu…

Les yeux rouges d’impuissance, je les levai vers l’homme défiguré et démembré, gisant dans l’arbre. Mes paupières s’ouvrirent alors grandes lorsque je compris.

- Non…non… !
- N’est ce pas… ? N’es-tu donc pas heureuse de revoir ton frère ? demanda-t-il en rejetant une mèche de cheveux châtains en arrière.

Horrifiée, je détournai immédiatement mon regard de ce cadavre, atteinte au fond de mon cœur. Mais, me saisissant mon menton et me le redressant violemment, il m’obligea à observer cette glauque scène.

- Mais regarde donc !
- Pitié !! Laisse-moi tranquille !!! continuai-je de hurler.

Sans rien ajouter, il leva son épée et me la planta dans l’abdomen, tandis que je me tus sous le choc, yeux à moitié révulsés, paralysée par l’immense douleur qui me déchirait le ventre. Puis, il la retira brutalement, m’ouvrant tout le reste de mon hypogastre d’un seul coup, déversant mes organes vitaux à l’air du dehors. Mon Dieu que je souffrais, néanmoins, je ne me réveillais pas. Dans un terrifiant sourire, Astiran plongea sa main dans mon abdomen, bousculant mes viscères, répandant une telle quantité de sang… Je ne pouvais pas réagir, un filet de sang s’écoulant de mes lèvres.

- Alors…où est donc ce bébé…grogna-t-il, heureux de la douleur qu’il me procurait.

Avec mes dernières forces, je le regardais le plus hargneusement possible, le maudissant de tout mon être.

- Zerda…je te traquerai et te tuerai…dis-je alors en crachant du sang. Et cela même si je dois y laisser ma vie entière…je te le jure… !




Un peu plus tard, je me rendis compte, par bonheur que je m’étais éveillée, que mon ventre n’avait rien et qu’Astiran était toujours lui-même, ses yeux remplis de compassion et de douceur. Mes hypothèses étaient justes : Carwen ne constituait qu’un corps, habité par un de ces spectres noirs de Zerda, qui s’était infiltré dans son enveloppe corporelle lors de son attaque. Ce fait m’effrayait déjà, mais ce n’est pas la raison qui me terrifiait : Zerda avait véritablement l’intention de s’emparer d’Astiran. Peut-être aurait-il pensé que par l’intermédiaire d’une victime, sa mission aurait aboutie à la réussite, mais heureusement, j’avais été là pour rectifier le tir et le dévier de peu. Le danger augmentait petit à petit, cela ne me faisait pas peur, au contraire, cela me donnait davantage de raisons de continuer à me battre, pour ceux que j’aime, pour les Neltiads et tous les peuples de ce monde… Jusqu’à ma mort !!

La véritable Carwen se découvrait être une femme douce et bienveillante lorsqu’elle se remis de ses esprits, ne comprenant pas ce qu’il lui était arrivé. Mais à présent, nous ne pouvions plus rien faire pour son compte, mise à part la prévenir de l’arrivée de cette armée humaine… Nous savions bien, qu’annoncée ainsi dans le village, personne ne nous aurait cru, mais peut-être, par l’intermédiaire de la fille du chef que nous avions convaincu, la population de Pirofoby s’enfuirait vers Entygon, suivant nos traces…
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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Lun 22 Oct - 20:21

Partie 4

Deux jours plus tard, Astiran tomba terriblement malade, victime d’une haute fièvre, sûrement la cause du plongeon soudain dans l’eau glaciale afin de me secourir. Il se fut donc difficile d’avancer à bon rythme, mais cela passait après la santé d’Astiran. A la moitié de journée, nous arrêtâmes dans une clairière à l’abri du léger vent qui soufflait, le soleil à l’hémistiche du ciel rayonnant de cyan. Astiran s’installa au pied d’un arbre, le seul au milieu de la clairière, en soupirant. Je m’accroupis à ces côtés, un sourire qui se voulait doux et rassurant aux lèvres. Son visage était rouge, ses yeux se voyaient être humides, il avait l’air exténué, et pourtant, un léger sourire éclairait sa face. Lentement, je posai ma main sur son front : il était brûlant.

- Toi…tu es bel et bien malade ! déclarai-je.
- Mais non, ce n’est qu’une petite fièvre passagère…essaya-t-il de se justifier, détestant être malade et cela depuis toujours.
- La fièvre reste une maladie, fit remarquer mon frère en apportant un tissu humide qu’il me tendit.

Alors, je déposai délicatement le linge sur son front afin de le refroidir.

- Si tu le dis…soupira-t-il alors.
- Tu es certain que tu ne veuilles pas que je t’efface justement cette légère maladie ? lui demandai-je, bienveillante. C’est parfaitement en mon pouvoir.

Un faible sourire s’étira sur ses lèvres.

- Je mérite amplement ce que je reçois…me répondit-il. Si je dois être malade, je dois subir et le rester : c’est le principe de la vie. Il faut parfois préférer souffrir que de ne jamais endurer…

Alors, admirant la sagesse de sa décision, je hochai la tête, un léger sourire éclairant mon visage.

- Si tu le penses, alors je respecterai ton choix…terminai-je en caressant sa main.

Derrière, Floïn fit descendre Hydnée de son cheval, celle-ci totalement active et excitée, comme tout enfant.

- Ca vous dirait d’explorer les environs ? proposa sa mère en rajustant la selle du cheval.
- Je serais parfaitement en accord avec votre idée, répondis-je motivée, mais je dois rester auprès d’Astiran…Je n’ai pas envie de le laisser seul, mais vous pouvez vous promener avec Naid si vous le désirez.

Mon frère s’approcha alors de moi et posa fraternellement sa main sur mon épaule, ma tête pivota alors vers lui.

- Vas-y donc, Diphtil, me dit-il alors.
- Mais…Astiran… ? demandai-je. Il faut que je veille à ses côtés.
- Ne t’en fais pas pour ça, continua-t-il en souriant chaleureusement. C’est moi qui resterais ici, tu as besoin de te changer les idées. Va marcher, cela te procureras le plus grand bien.

Au départ, je ne répondis pas, subissant le regard insistant de Naid, puis je cédai, accompagnant Floïn et sa fille tandis que mon frère restait aux côtés d’Astiran, mais c’est vrai que parfois ils aimaient rester seuls eux deux pour discuter de choses et d’autres : entre confidents, on ne se cache rien…

Nous commençâmes donc à nous enfoncer dans la pénombre de la grande forêt Neltiade, aux grands arbres feuillus arborant le vert pur et frais. Contrairement à tous les autres enfants qui couraient et sautaient par-dessus les branches lorsqu’ils traversaient des bois, Hydnée préférait rester à nos côtés, écoutant d’une oreille attentive la discussion que je partageais avec sa mère.

- Quelle longue route tout de même…soupirai-je. Je n’arrête pas depuis plus de deux mois, et je m’avoue être très fatiguée…
- J’ai toujours vécue grâce à la errance, je m’y suis habituée à force…me répondit-elle. Et…comment allez-vous sinon ?
- Tutoyez moi…lui demandai-je en souriant.
- Fais en de même alors ! remarqua-t-elle en me rendant mon sourire.

La petite Hydnée attrapa la main de sa mère en se serrant contre sa jambe.

- Donc…comment vas-tu… ?
- Ca peut aller, même si je me suis déjà sentie mieux que ça, avouai-je. Je me sens lourde et très fatiguée… De plus, j’ai terriblement faim, et nous ne détenons que le strict nécessaire concernant la nourriture.
- A mon avis, c’est ta grossesse qui te met dans cet état, conclua-t-elle. Moi-même lorsque je portais Hydnée, je me sentais tout aussi mal…
- Maman ? Pourquoi tu parles de moi ? demanda la fillette en tirant le bras de Floïn. Hein ? Dis maman ?

Alors, elle se tourna vers sa fille, le regard clément.

- Je lui racontais quand tu étais dans mon ventre, simplifia-t-elle afin qu’elle puisse comprendre.
- Pourquoi ? demanda alors Hydnée, qui, comme à son habitude, désirait tout savoir sur tout.
- Parce que Diphtil attend un bébé, alors je lui raconte, lui répondit-elle.

Comprenant, elle hocha la tête, puis relança une seconde question, moins pertinente.

- Maman ? Comment on fait un bébé ?

Tout à coup, le visage de Floïn vira au rouge, un peu gênée par cette demande, alors que je souris, amusée par son tact à poser ce genre de question.

- Bah…euh…s’attarda sa mère. Il faut un papa et une maman, et donc…euh…parfois, il leur arrive de se faire des câlins, et ça fait un bébé, voilà…
- Ah bon ? Il faut juste faire des câlins ? continua Hydnée.
- Euh…pas vraiment…mais c’est dans le même principe, répondit Floïn. En réalité, le papa plante une petite graine chez la maman, et neuf mois plus tard, le bébé naît.
- Une graine ?
- Oui, une graine…

Alors, la petite fille me fixa du regard avant de continuer dans sa lignée de questions.

- Alors…c’est qui qui a planté une graine dans le ventre de Diphtil ? demanda-t-elle en me montrant du doigt.
- Voyons Hydnée ! s’exclama Floïn. On ne montre jamais les gens du doigt !
- C’est Astiran si tu désires savoir…répondis-je alors à sa place.
- Et comment il a fait ? continua la fillette.

Sa mère, un peu désespérée, soupira.

- Tu es trop curieuse ma fille…fit-elle remarquer.
- Pourquoi ? se vexa Hydnée. Je veux juste savoir, c’est tout !
- Justement, c’est ce que je te reproche…

Alors, en colère, elle renfrogna sa mine en détournant la tête, un grognement en guise de réponse.

- Excuse-là…me demanda alors Floïn un peu confuse. Ma fille est beaucoup trop indiscrète…
- Ce n’est pas grave, répondis-je en souriant. Cela peut se comprendre, elle est encore jeune, l’âge innocent lors duquel on se pose toutes les questions du monde…
- Oui, mais tout de même…

Un peu tard, nous avions totalement dérivé de sujet, continuant de marcher, mais sans trop nous éloigner non plus du lieu où nous avions laissé Naid et Astiran.

- Tu savais que certaines âmes erraient dans notre monde pour l’éternité ? demandai-je en repensant à ce que m’avait cruellement fait remarquer Zerda.
- J’en ai vaguement entendu parler…ces âmes ne trouvent jamais le repos…répondit-elle l’air grave en tenant Hydnée par la main, celle-ci écoutant très attentivement ce que l’on disait.
- Ca se trouve, il y en a une qui se promène autour de nous en ce moment même…fis-je remarquer.
- Oui, ça fait peur, et pitié…admit Floïn en baissant la tête. Surtout que la plupart de ces personnes ne méritent pas ce funeste sort. Errer pour l’éternité…

Alors, la fillette leva la tête vers sa mère, sourcils levés, mais ces yeux remplis de peur.

- Pourquoi ces âmes ne disparaissent pas ? Hein maman ? demanda-t-elle, la mine très sérieuse. Elles ont fait quelque chose de méchant ?
- Même pas…avoua sa mère. C’est en cela que règne toute l’injustice de ce monde, ma chérie…C’est bien triste…

Après un instant de silence, Hydnée ne répondit pas, l’air triste, fixant ces pieds qui ne cessaient d’avancer. Soudain, sortant de la forêt, nous arrivâmes dans une immense clairière, surplombée d’une colline, elle-même dominée par une sorte de temple, en tout cas, un bâtiment sacré, vraisemblablement construit à partir de marbre blanc.

- Si j’avais su qu’il y avait un tel monument ici … ! m’exclamai-je, estomaquée par la magnificence de ce temple.
- C’est sûr…continua Floïn, tout aussi surprise que moi.

Etonnement, Hydnée ne répondit rien, l’esprit ailleurs, le vide dans les yeux. Par ailleurs, à proximité de cet édifice, un mauvais pressentiment se faisait ressentir, je percevais une aura puissante s’y dégageai. Evidemment, je me méfiai alors, toujours sur mes gardes au moindre souci.

- Il ne faudrait mieux pas que l’on s’en approche, prévins-je alors, douteuse. Je crains que cela ne cache quelque chose de dangereux.
- Tu as raison, répondit Floïn, reculant d’un pas. Nous devrions partir au plus vite, je ne suis pas à l’aise. Viens Hydnée…

Alors, se retournant, elle tira vers elle la main de sa fille, mais celle-ci resta immobile, le visage impassible, d’ailleurs, sa mère n’arrivait même pas à la faire bouge, comme pétrifiée. Mais je voyais bien qu’Hydnée n’était pas dans son état normal, elle semblait presque endormie, les yeux plissés fixant le temple, les lèvres entrouvertes et tremblantes, ses cheveux bruns tourbillonnants à cause du vent qui commençait à se lever lentement. Puis, elle leva sa main, pointée vers le temple, tandis qu’aucune de nous deux ne réagit, ne comprenant pas ce qu’il se passait.

- On…m’appelle…murmura-t-elle alors, d’une voix absente.

Ses lourdes paupières se fermèrent, et soudain, elle fut comme entourée d’un halo blanchâtre et éblouissant. Puis, ses pieds commencèrent à décoller du sol petit à petit tandis qu’un vent impressionnent puissant se leva, nous empêchant d’intervenir à ce phénomène pour le moins étrange. Alors, lévitant à quelques centimètres, elle ne cessait de s’élever, puis, les airs l’emmenèrent en direction du temple, tandis qu’elle restait sans réaction.

- Hydnée !!

Alertées, Floïn et moi commençâmes à courir derrière elle, malgré le fait qu’elle avançait beaucoup plus vite que nous. Qu’est qui avait donc déclanché cette étrange magie ? Etait-ce donc son pouvoir aérien qui arrivait précocement ou alors autre chose… ? Nous continuâmes donc d’essayer de la rattraper, rien à faire, je me fatiguais rapidement à cause de la montée, même si Floïn réussit à prendre un peu d’avance sur moi. Plus nous nous approchions du bâtiment, plus cette sensation de dangereuse présence se ressentait, néanmoins, je ne pouvais faire retour arrière. Puis, Hydnée franchit l’entrée du temple, survolant toujours le sol, impassible.

- Hydnée !! cria sa mère.

Nous arrivâmes enfin au seuil du monument et restâmes toutes les deux figées par notre vision de l’intérieur du temple. La petite fille avait à nouveau les pieds au contact du sol, mais cela ne changeait rien à son comportement, toujours amorphe. Lentement, comme mesurant chacun de ses pas, elle s’avançait vers un grand autel resplendissant de blanc et d’argent, au centre du lequel reposait un gros grimoire, installé sur un imposant pupitre de marbre crée certainement exprès pour cette occasion. Alors, Floïn se précipita vers sa fille mais je la retins du bras. Paniquée, elle se retourna brusquement vers moi, ne comprenant pas mon geste, pourtant bien prémédité.

- Qu’est ce qu’il te prend !!? s’exclama-t-elle, affolée. Lâche-moi !
- Tu ne pourras pas la rejoindre, répondis-je alors, sans lâcher l’emprise de mon regard sur Hydnée qui continuait d’avancer peu à peu. Nous sommes séparés d’elle par une espèce de mur invisible !
- Qu’est ce que t’en sais ! s’énerva Floïn qui refusait d’admettre ce que je lui disais.

Elle courut alors vers sa fille mais se heurta à cet obstacle dont je venais de la prévenir, puis, je la rejoignis, tout de même inquiète pour la petite fille que nous voyions poursuivre ses pas. Floïn avait beau frapper ses poings de toutes ses forces contre le mur invisible en criant, rien à faire, Hydnée ne réagissait pas. Elle s’arrêta net en arrivant devant le livre, placé trop haut pour elle. Malgré ce problème, le livre vint tout seul dans ses mains par la voix des airs. Encore était-ce sa propre magie développée relativement tôt ou une autre… ? Ensuite, elle posa sa petite main sur la couverture de cuir du livre, incrusté d’une belle pierre aux reflets violet sur laquelle elle passa un léger doigt agile. A ce moment, je ne sus en aucun cas quelle réaction devais-je avoir…impressionnée ou terrifiée, devais-je m’évanouir ou être totalement épatée… ? Car à cet instant son doigt trouva le contact avec ce cristal, une gigantesque masse se matérialisa devant elle, haute d’une dizaine de mètres, très large. Sa forme restait assez floue, mais ma certitude me disait que sa face n’avait rien d’humain… Les deux grandes fentes éblouissantes de cet immense spectre fixèrent la pauvre petite Hydnée, le livre toujours placé entre ses deux mains, qui, elle également, regardait ce monstre lumineux qui venait d’apparaître sous ses yeux sans aucune expression apparente. A mes côtés, Floïn continuait d’hurler le nom de sa fille, sans aucun effet, quant à moi, je me sentais bien inutile, même si je savais que, ni moi ni Floïn, nous ne pouvions intervenir.
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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Lun 22 Oct - 20:21

Partie 5

- Toi qui est donc venue jusqu’à moi… déclara la masse d’une voix grave et caverneuse. Tu désires donc voir tes vœux exaucés à ton jeune âge… ?
« Vœux exaucés ? »

Hydnée ne répondit pas, posant le livre à ses pieds sans détacher son regard du spectre. Alors, celui-ci grommela, tandis que nous tremblions en assistant à cette scène.

- Je regretterai de devoir te tuer s’il le faut, mais je ne fais aucune exception…continua alors la masse lumineuse. Tu tenteras ta chance comme tous ces autres avant toi…A présent, tu ne peux plus faire retour arrière…

En entendant ces sombres mots, mon cœur fit un énorme bond dans ma poitrine : Hydnée était en danger de mort ! Coûte que coûte, il fallait que je la sauve, même si je n’avais aucune idée de comment m’y prendre, étant donné que je paraissais totalement inefficace. Voyons…mon pouvoir, celui de la vie, ne pouvait, logiquement, pas me permettre de détruire une barrière magique, ni quoique ce soit d’ailleurs. Et pourtant, il me vint à l’esprit cet épisode à Naralir, peu après mon retour, au moment où j’appris la tromperie d’Astiran, toutes les vitres de ma chambre avaient explosées en mille morceaux. Comment…aucune idée, mais il fallait absolument que je retente de reproduire ce phénomène. Me focaliser sur des sentiments particuliers ressentis à ce moment : la haine, le dégoût, la rage, la colère, la jalousie… Tandis que je me concentrais du mieux que je pouvais, une boule lumineuse descendit du ciel provenant de nulle part et vint se déposer dans un tintement de clochettes dans les petites paumes d’Hydnée. D’un peu plus près, on pouvait alors se rendre compte de sa nature : il s’agissait de deux dés d’argents à douze faces chacun, des runes étranges gravées de noir sur chacune de ses facettes reflétant cette masse lumineuse que représentait ce démon.

- Je te présente les dés de l’innocence…déclara alors le monstre, tandis que Floïn, pétrifiée et appuyée de toutes ses forces contre le mur invisible fixait la scène avec angoisse. Son score résultera de ton destin fillette… Il se détermine à ton caractère, il détienne une puissante magie qui te prédise s’ils te voient capable de les maîtriser par ta pureté. Tu vois ces runes ? Deux d’entre elles, une par dé, représente la vie, il s’agit de ce cercle ailé, présent, je viens de le signaler, seulement deux fois sur vingt-quatre. Jette donc ces dés, si ceux-ci ne montrent pas ces deux signes, je dis bien les deux en même temps, alors, tu mourras… En revanche, si ces runes deux fois apparaissent, je te ferais alors présence d’un don et j’exaucerai un de tes vœux… Je ne souhaite jamais bonne chance, car il n’y a jamais de hasard, à présent, lance les.

Des larmes apparurent aux yeux de Floïn, se sentant impuissante face à cette scène, pendant que je tentais désespéramment me briser le maléfice qui nous séparait de la fillette, seule face à sa mort ou à sa vie, je ne pouvais me permettre d’abandonner la fille de Tiama devant mes yeux. Alors, après avoir donné un dernier coup d’œil aux objets qui détermineraient son chemin, Hydnée leva la tête et lança les dés, non pas l’autel ou par terre, mais en l’air, comme des confettis qu’on jetterai ou du riz sur les mariés. Décidemment, elle était bien innocente dans le moindre de ses gestes, mais cela allait-il suffire à pouvoir assurer la suite de sa vie ? Les dés semblèrent tomber au ralenti, leurs tours plus déterminants que jamais, il fallait absolument que je réussisse à faire céder le sort ! Alors, je regroupai en moi toute ma rancune et ma colère, comme jamais… tous ces moments de rage défilèrent devant mes yeux : la détruite de Faritè, la mort d’Astiran, le mal que l’on ait pût causer à mon frère par le passé, Zerda… C’est alors qu’une fissure se forma à travers le mur, mais insuffisante pour le briser. Floïn, ayant remarqué cela, fit de son possible afin de la casser entièrement, rien à faire. Pendant ce temps, les dés retombèrent sur le sol, rebondissant plusieurs fois dans un son horriblement cruel, ils finirent par s’immobiliser au sol, retenant mon souffle. Après un long silence et le regard fixant du démon sur la fillette aux yeux implorants, celle-ci s’effondra sur le sol sans un mot et sans un bruit, sous notre attention terrorisée.

- Hydnée !!! hurla sa mère à plein poumons, une larme tombant sur sa joue.

Priant pour qu’elle ne soit pas encore morte, je sentis une force gigantesque se dégager de moi, une énergie à la limite de divin, je semblais être si puissante ! Alors, j’unis mes forces magiques à celles de Floïn, qui, enragée, concentra dans sa main une orbe d’air tourbillonnant à toute vitesse dans sa paume, il fallait vraiment savoir maîtriser le pouvoir de l’air afin d’arriver à de telles techniques ! Et, dans un cri phénoménal, elle abattit son globe magique sur cette unique faille du sortilège, produisant un immense flash blanc durant un infime instant afin de faire littéralement exploser ce mur dans un bruit sourd. Alors, ayant brûlé toutes mes forces, je m’affaissais sur le sol en m’appuyant sur mes bras, tandis que Floïn, également épuisée par l’effort surhumain qu’elle venait de fournir, courut néanmoins vers sa fille, toujours allongée sur le sol. Lorsqu’elle l’atteint, elle s’agenouilla et serra fort Hydnée contre elle en jetant un regard noir à ce démon, dents serrés, yeux rouges et mouillés de larmes.

- N’ayez crainte, dit alors le démon lumineux, elle n’est pas morte, juste évanouie. Son lancer n’a pas été un échec…

Alors, passèrent devant les yeux de Floïn les deux dés lévitant, chacun présentant leur face avec le cercle ailé : ainsi, Hydnée avait réussi, elle venait de passer l’épreuve. Rassurée, elle baissa la tête en soupirant, serrant dans ses bras sa fille qui venait de passer pas loin de la mort.

- Le don dont je viens de lui faire présent lui a juste fait perdre ses esprits temporairement, continua-t-il en regardant la fillette évanouie dans les bras de sa mère.
- De quel don parlez vous donc ainsi… ? susurra Floïn entre ses dents, tout de même en rogne contre ce spectre.
- Désormais, elle sera Hydnée, fille de Tiama, l’oreille suprême…déclara-t-il alors.
- L’oreille suprême… ? demanda sa mère qui ne saisissait pas assez ses propos.
- A partir de cet instant, cette fillette est dotée de l’ouïe la plus développée qu’elle soit, elle peut dès à présent maîtriser les sons et entendre le moindre cliquetis à plus de deux kilomètres… Ce n’est pas moi qui lui en ai fait présent, mais le destin. Et j’en suis certain, parole de démon, qu’il lui sera utile pour la suite, indispensable afin que sa destinée s’accomplisse…

Alors, sa mère se tut en regardant sa fille, le visage serein. Ainsi, désormais, un nouveau pouvoir reposait entre ses mains : le don de l’oreille suprême…

- Mais à présent, il est en mon devoir de réaliser son vœux, continua-t-il en fixant la petite Hydnée, même si pour cela j’enfreins les lois divines, je respecte mes dires.

Je sentis dans une bourrasque de forces magiques le démon qui se concentrait. Puis, ensuite, descendit de nulle part une boule lumineuse comme tout à l’heure, pour les dés. Mais celle-ci freina lentement et s’arrêta juste au dessus de Hydnée et sa mère, celle-ci fixant l’étrange phénomène avec des yeux épatés. C’est à ce moment qu’une voix, me paraissant curieusement familière, retentit dans la salle, provenant de cette sphère de lumière.

- Toi, petite Hydnée, fille de l’air, tu m’as délivrée de mon sort, de mon errance dans ce monde qui me hante depuis plus d’une dizaine d’années ! s’exclama-t-elle alors, un ton de soulagement dans sa voix. Ainsi, ton cœur est tellement pur que tu désires la paix de ceux qui sont morts et que tu n’as jamais connu ! Tu as bravé la mort, et voici la récompense que tu t’accordes ! Sois bénite, Hydnée, descendante de Tiama ! Jamais ma gratitude ne sera équivalente à ce que je te dois, l’échange jamais ne vaudra, tellement ma délivrance est chère pour n’importe qui… Mais à présent, pars d’ici, va ! Ta place ne doit pas demeurer parmi les esprits ! Emmène ta mère et ceux que tu aimes ! Va !

C’est alors qu’un grand flash se produisit, m’éblouissant durant quelques instants. Lorsque mes yeux reprirent leur vue habituelle, le démon avait mystérieusement disparu, tout comme cet étrange orbe luminescent lilial, laissant le temple terriblement vide et silencieux. Devant moi, Floïn se leva en tenant Hydnée dans ses bras, se retourna vers moi, et s’avança. Ses pleurs s’étaient dissipés et un sourire radieux illuminait son visage, comme si absolument rien ne s’était produit.

- Allons, Diphtil, rentrons vite… Il y a tant de choses que l’on doit se dire toutes les deux…


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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Ven 26 Oct - 19:13

*Tatie Mancinia à la riscouse*

OUAIS LA ZUITEUH !!!

*sors*

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MessageSujet: Re: Chapitre 38 [Dans la montagne...]   Ven 26 Oct - 19:18

Merci ma mancinini !
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Chapitre 38 [Dans la montagne...]

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