Chapitre 32
Partie 1- Ainsi, Zerda serait de retour…réfléchit dame Mâat après lui avoir raconter tout mon rêve dans les détails les plus précis.
- De plus, pour nous jouer un mauvais tour…continua dame Nephtys.
- A Naralir, je m’étais renseignée sur le démon que vous aviez combattu, toutes les trois, dis-je alors. Et j’ai remarqué qu’il portait le même nom, ainsi, vous ne l’auriez pas tué ?
Les triplettes restèrent silencieuses.
- Nous ne l’avions que neutralisé, scellé par un puissant sortilège, soupira dame Shesemtet. Jamais nous n’aurions pensé qu’il existerait quelqu’un d’assez demeuré pour l’invoquer un jour !
- Les nôtres, de jours, sont à présent comptés…
- Oui, continua dame Mâat, le prêtre l’aura sûrement pris pour son compte, et tu nous as bien dit qu’il détestait les Neltiads, cet effronté ?
Je baissai la tête.
- C’est exact…répondis-je.
- Notre peuple est en péril, dit alors dame Nephtys. Ce démon ne fera de nous que de la chair à pâté…
- Mais, à mon avis, il ne se dirigera pas vers Ephyr, intervins-je.
- Comment le sais-tu ? demanda la dame aux longs cheveux bouclés.
Je me retournai alors vers elle.
- Je sais à présent qu’une bataille décisive dans la guerre des peuples se prépare dans l’Empire Neltiad, lui dis-je alors, sérieuse. Dans ce cas, Sarïn devrait sûrement en être au courant, et donc, va certainement m’y attendre…Une sorte de piège…
Un silence s’installa.
- Peut-être pourriez vous venir avec nous ? demandai-je. Vous savez comment neutraliser Zerda.
D’un œil étrange, les trois sœurs se regardèrent entre elles.
- Nous n’avons aucune certitude de cette bataille…soupira dame Mâat. Et même si dans le passé notre peuple s’est battu…
- … à présent, tout est différent, car les humains nous considèrent encore moins que des laitues…
- Notre route d’ici jusqu’à Entygon sera beaucoup trop périlleuse pour le peuple d’Ephyr, dit dame Nephtys en se passant une main sur la jambe.
- Mais…vous êtes les seules qui savaient comme vaincre ce démon ! m’exclamai-je.
Toutes trois soupirèrent en chœur.
- Mais le refaire sera impossible pour nous, me dit dame Shesemtet. Cela a sûrement agit sur lui comme un vaccin, immunisé contre notre magie, qui cessera d’agir.
- Cela risque donc d’être pire…termina la triplette aux longs cheveux raides.
- Donc…ça devra être quelqu’un d’autre que vous qui devra le neutraliser ? demandai-je.
- Tu as tout compris, me dit dame Shesemtet.
Toutes mes idées bouillonnaient dans ma tête, je ne savais plus quoi penser.
- Mais, si Zerda surpasse la magie divine des autres dieux, je n’aurais aucune chance de le faire également, fis-je remarque.
- Ca devra être un grand magicien qui en payera le prix, conclut dame Nephtys en se levant.
- Et ainsi, tous les maux du monde seront guéris, termina dame Mâat.
Je baissai la tête, tandis que deux des sœurs allèrent plus loin, et que dame Nephtys se dirigeaient vers une fenêtre. Me levant, je la rejoignis. D’un regard empli de bonté, elle scrutait les rues désertes, ou le jour marchaient des centaines de Neltiads.
- Quel malheur qu’en ce jour nouveau désastre s’abatte sur nous…soupira-t-elle en fermant les yeux. Jamais nous n’avons mérité cela, ni dans le passé, ni de ces jours.
Elle se tourna vers moi.
- Je suis désolée de ne pas pouvoir t’aider dans ta quête, mais avec prudence je préfère en priorité agir, me dit-elle.
- Je comprends votre choix, répondis-je en s’inclinant.
Je la vis sourire légèrement.
- Ce n’est pas normal qu’une déesse se courbe devant une mortelle, dit-elle amusée.
- Vous n’êtes pas comme tous les mortels et…attendez…comment savez vous que je suis une déesse alors que…
- C’est vrai que le signe sur ton front je n’ai pas encore remarqué, m’interrompit-elle. Mais j’ai mes propres informations…
Je n’arrivai pas à percer ses derniers mots mystérieux, propres informations ? Elle avait vu quelqu’un qui me connaissait ? Sûrement l’un des centaines de malades que j’avais dû bénir étant petite. Puis, dame Nephtys détourna son regard vers la fenêtre.
- Par contre, je peux t’aider, une information qui te sera utile, dit-elle sans me regarder. Parait-il devras-tu te rendre chez la Sorcière des Sens ?
- C’est…c’est exact…répondis-je, un peu surprise qu’elle sache autant de choses.
Elle se mit à rire légèrement.
- Ah, cette sacrée Sorcière ! s’exclama-t-elle. Ainsi, elle est toujours en vie… Par son comportement tu risques d’être étonnée. Toujours en est-il qu’aux environs de la cité d’Aribeau elle se trouve.
- Nous devons aussi nous y rendre, répondis-je. Vous la connaissez ?
- Bien sûr…elle est l’une des rares, telles que nous, de la jeunesse éternelle à être dotée.
Je devins de plus en plus curieuse.
- Elle a également accompli quelque chose d’important ? demandai-je.
- C’est plus compliqué que ce que l’on pourrait penser…répondis-je, paupières closes. Elle est la plus puissante de toutes les apothnescoracienne, peut-être même, la meilleure en matière de magie, mais je sais qu’elle a d’énormes prétendants à ce titre, seule une personne y arrivera, c’est son destin, funeste destin…
- Je ne vois pas pourquoi devenir le meilleur de tous les magiciens serait un malheur, remarquai-je.
- Mais, complètement différent pour cette personne ça sera, continua-t-elle. Un agissement dans le passé, dans le présent, dans le futur. Jamais son âme ne reposera en paix, à cause de ce destin scellé, et cela, j’appelle cela le plus grand des malheurs… Pour les autres elle se sacrifiera, des peuples entiers, contre sa vie toute entière…Un esprit errant…
J’eus l’impression d’avoir déjà entendu cette phrase quelque part…puis peu importe.
- Est-ce que, par hasard, cette personne aurait un rapport avec celle qui devra neutraliser Zerda ?
Elle me regarda dans ses grands yeux violets aux milles reflets divins.
- De la même personne il s’agit, me répondit-elle l’air grave.
- Mais comment savez vous donc tout cela ? demandai-je, toujours aussi curieuse. Vous êtes devine ?
- Pas exactement, le terme « devin » s’accordant avec les personnes capables de lire séparément l’avenir de chacun. Grâce à mon don de lecture dans les astres, qu’un futur je peux connaître.
- Lequel ?
- Celui de notre monde, en général…me répondit-elle.
Elle soupira longuement.
- Horribles seront les choses qui vous attendent, mais vous saurez comment y faire face, continua-t-elle. Tout se terminera dans plusieurs siècles…
- Vous arrivez à voir ce qui se produira dans des siècles ? l’interrompis-je étonnée.
- Oui…oh, et puis, je ne dois pas tout te dire…me dit-elle.
Puis, elle rejoignit ses deux sœurs auprès d’une table, la suivant de près.
- Quoi qu’il en soit, termina-t-elle, à Phèn et à Aribeau il faudra te rendre.
- Ton courage à deux mains il te faudra prendre, continua dame Shesemtet.
- Ainsi, le malheur tu pourras fendre, finit dame Mâat.
- Je le sais, soupirai-je. Mais, nous qui, avant, étions partis à quatre, restons à présent seulement deux… Je n’ai que peu de chances d’arriver à notre but.
Toutes trois en synchronisation bougèrent négativement la tête.
- De l’aide te viendra, goutte par goutte, dit dame Nephtys.
- Et même si tu en doutes…
- Vous n’êtes pas deux sur la route, termina dame Shesemtet.
- Quelqu’un nous suit ? m’étonnai-je.
- Pas exactement…
- Quoiqu’il en soit, il faudrait à présent que tu te mettes à voyager rapidement.
- Mais avant que tu ne partes, un présent nous aimerions te remettre amicalement.
Dame Mâat s’approcha d’une commode sur laquelle attendait une belle boîte de bois ornée de perles. Délicatement, elle l’ouvrit et en sortit une petite fiole de cristal, dans lequel baignait un liquide aux reflets cuivrés. Puis, la tenant soigneusement entre ses doigts, elle s’approcha de moi et me la mit entre mes mains.
- Cela te sera sûrement utile, car ce liquide empêche la fatigue d’engourdir tes membres et ton esprit, mais utilise là avec modération, me dit-elle. J’espère que nous nous reverrons un jour…
- Merci beaucoup…répondis-je tandis qu’elle éloigna ses mains des miennes, me laissant la fiole.
Après être sorti du temple de Wüen, je soupirai, à moitié fatiguée. C’était déjà l’aube dehors, et les gens commençaient de sortir de leurs maisons. Je me dirigeai alors vers l’hôpital dans lequel se trouvait mon frère. J’y entrai, tombant nez à nez avec la guérisseuse que j’avais connu lors de ma dernière rencontre.
- Oh, bonjour ! s’exclama-t-elle.
- Bonjour, lui rendis-je alors. Comment allez-vous depuis la dernière fois ?
- Oh, bien, bien, je vous en remercie. Ainsi, vous partez pour Entygon ? C’est Naid qui me l’a dit hier soir.
Je soupirai.
- C’est exact… mais s’il vous plait, ne dites rien à personne d’autre…
- Je serai muette pour une carpe ! répondit-elle avec une grand sourire, en hochant la tête, faisant remuer ses courts cheveux flamboyant.
- Au fait, vous savez dans quelle chambre se trouve mon frère ? demandai-je.
Elle réfléchit quelques secondes.
- Vous prenez le couloir du bas, et c’est la cinquième porte sur la gauche, m’indiqua-t-elle en me faisant des signes pour me faire comprendre.
- D’accord, merci.
Elle me répondit par un grand sourire radieux, et se dirigea vers son bureau au milieu du hall. Quant à moi, je me rendis, comme elle me l’avait indiqué, dans le couloir, et comptai les portes sur la gauche. Enfin arrivée à la cinquième, je levai mon poing et frappai à la porte. J’entendis de l’autre côté des pas qui se rapprochèrent, et la poignée se tourner. La porte s’ouvrit, voyant Naid, torse nu, les cheveux en pétard sur sa tête et les yeux encore gorgés de sommeil. J’étouffai un rire en le voyant dans cet état.
- Je te réveille ? lui demandai-je.
- Oh, ce n’est pas grave, répondit-il en baillant. Il fallait bien que je me lève de toute façon. Attend moi juste une minute, le temps que je me prépare.
C’est ce que je fis, adossée contre le mur en fixant la porte, mais, cela ne lui prit même pas une minute. Sortant de la chambre, sac sur le dos, il s’étira.
- Qu’est ce que j’ai bien dormi cette nuit…me dit-il en baillant à nouveau. Et toi ? Tu ne t’es pas reposée ?
- Non, répondis-je en faisant un signe de tête. Je n’en ai pas ressenti le besoin.
- Bon, bah…en route alors.
Encore une fois, nous quittâmes la cité d’Ephyr, en passant par le petit tunnel dissimulé dans les collines verdoyantes. Nous nous étions équipés de deux chevaux pour le reste du trajet, l’un alezan qui semblait athlétique, que prenait Naid, l’autre couleur crème à la crinière chocolat, que je décidai de chevaucher. Un peu plus loin, ayant dépassé la ville humaine, Naid déroula sa carte et la posa par terre en l’examinant.
- Tu m’avais bien dit que tu voulais passer par Phèn à Naralir, je me trompe ? me demanda-t-il, accroupi auprès du parchemin.
- Non, mais de plus, les dames de Wüen voulaient que je m’y rende…répondis-je, toujours debout en le regardant, les rênes des cheveux qui broutaient l’herbe tranquillement.
Mon frère leva sa tête vers moi, les yeux plissés à cause du soleil.
- Pourquoi donc ?
- Elles m’ont dit que je devais récupérer quelque chose qui m’appartenait, répondis-je en croisant les bras, ou un truc comme cela… Elles ont refusé de m’en dire davantage.
Après un léger hochement de tête, Naid se ré intéressa sur la carte.
- Phèn…dit-il en pointant le doigt sur un petit point qui représentait la ville. Cité modeste au bord de la rivière Mosakaga…
- Mosakaga ? Ca me parait étranger comme mot…
- Oui, d’origine Shindoënne. Je ne me souviens par contre plus de sa signification… mais peu importe…
Son doigt parcouru la carte.
- Déjà, il nous faut compter quelques jours de plus par rapport au trajet Ephyr-Faritè si l’on passe par Phèn.
- Je croyais que cela ne changerait rien…
- Et non…soupira-t-il. Une ou deux journées de voyage supplémentaires… Mais ce n’est pas grave. Ce qui nous fait environ treize jours avant d’arriver à Faritè.
Je me passai une main sur le visage.
- Mais déjà, d’ici à Phèn, combien nous faut-il de temps ?
Naid calcula rapidement.
- Je dirai cinq ou six jours…pas plus ni moins, s’il ne nous arrive rien.
- J’espère bien…
- Moi aussi, soupira-t-il en enroulant la carte qu’il rangea dans son sac.
Nous montâmes chacun sur notre cheval, et commençâmes à avancer. Décidemment, allions nous un jour nous arrêter ?