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 Chapitre 28 [Départ de Naralir]

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Ielenna
Gardienne sacrée des Pierres
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MessageSujet: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Lun 16 Juil - 20:25

Chapitre 28



Partie 1

Nous avions réussi à arrêter la bataille à temps, mais tous deux ne s’en étaient pas sortis indemnes. Ils avaient tous les deux le visage recouvert de bleus et d’hématomes, le nez qui saignait, et leurs vêtements étaient dans un piteux état. Le prince, furieux, s’en alla de lui-même, après nous avoir lancé une dernier insulte. Quant à mon propre nez, il s’était réparé de lui-même et ne saignait plus : mon pouvoir était vraiment pratique !

- Vous avez voulu vous tuer ou quoi ?! s’exclama Yasalyn contre Naid.
- Il n’avait pas à toucher à Diphtil ! Tant pis pour lui !
- Pour toi aussi ! T’as vu ta face ?! continuait la jeune femme.
- Rien à faire !

Astiran soupira, en regardant ses pieds, pendant que Naid et Yasalyn continuaient à crier. Puis, il se tourna vers moi.

- Je crois que l’on a des choses à se dire…me dit-il.

Je me mis alors à trembler. Je ne voulais pas l’affronter dans une discussion, j’avais peur de ne pas savoir quoi dire.

- Oui…répondis-je simplement en baissant la tête.

Puis, il me prit le menton et le souleva.

- Je voudrais que tu me regardes comme avant, me dit-il, que tu arrêtes de m’éviter… Mais viens, on va discuter de cela au calme.

J’approuvai d’un rapide et timide hochement de tête, puis, nous commençâmes à marcher dans les jardins. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvâmes à un endroit que j’avais connu : c’était le lieu où je m’étais allongée avec Astiran une nuit, pour regarder les étoiles. Nous nous assîmes dans l’herbe, je sentis son regard sur moi, mais je n’osai pas parler.

- Diphtil…crois-tu vraiment que j’avais envie de faire ça ?
- Et pourtant tu l’as fait…objectai-je.
- C’est vrai, je te l’accorde. L’alcool m’a fait perdre tous mes sens, je ne savais plus ce que je faisais, je ne me contrôlais plus. Mon esprit était perdu également. Je ne savais pas si un jour tu allais revenir…
- Pourquoi tu ne m’as pas confiance ?! m’exclamai-je. Je serai revenu d’une manière ou d’une autre !

Il soupira.

- Essaie d’expliquer ça à mon cœur, dit-il. Met toi deux secondes à ma place. Je te faisais confiance, plus que tout. Mais ta disparition a percé en moi… Sans toi, je n’étais rien.
- …

Je ne répondis pas. Il avait tort et raison à la fois…comme d’habitude quoi. Il s’approcha de moi, je tremblai, et il entoura mes épaules de son bras.

- Ecoute moi Diphtil, me dit-il, la seule chose que je puisse désirer à l’instant, c’est que tout redevienne comme avant, que l’on oublie cet incident, et que l’on continue.
- C’est facile à dire…mais je sais qu’au fond de moi, je n’arriverai pas à oublier tout ça…

Il pencha sa tête, toujours en me regardant.

- M’aimes-tu encore ?

Je me mis à rire, rire qui ne venait pas du cœur, je sentis Astiran avoir peur de la réponse.

- Si j’ai cette réaction, c’est que je t’aime encore…lui dis-je en me tournant vers lui.

Rassuré, il sourit. Puis, il s’approcha de moi pour m’embrasser, mais j’interposai ma main avant qu sa bouche n’atteigne mes lèvres.

- Tu ne crois pas t’en tirer comme ça, tout de même ? lui demandai-je.

Il recula sa tête, ne comprenant pas ce que je voulais dire.

- Comme punition et avertissement, je ne t’embrasserai pas pendant trois jours, continuai-je.
- C’est trop long trois jours, soupira-t-il.
- C’est le prix à payer, mon cher, lui dis-je avec un sourire. Cela t’apprendra que c’est mauvais de boire trop, et que de plus, tu sais très bien que tu ne tiens pas l’alcool !



Voilà une chose de faite, parmi toutes celles que j’avais à accomplir. J’avais réussi à, à peu près, me réconcilier avec Astiran,, c’était déjà ça. Je savais de toute façon que je pourrais jamais lui en vouloir totalement, je l’aimais trop. Il ne me restait plus qu’à oublier, mais, je savais bien que je ne le pourrais jamais, cette image resterait toujours gravée dans mon esprit, il fallait juste que j’essaie de la mettre dans un recoin de ma tête. A présent, j’étais dans le couloir, qui menait à la chambre de Naid, il fallait absolument que je lui parle. Déjà de l’incident, puis, de lui…oui…ce qu’avait dit le prince m’avait fait sursauté le cœur, j’avais cru mal avoir entendu. Je devais mettre tout cela au clair, car, maintenant, je m’en apercevais : je me connaissais pas mon frère… J’allais donc vers sa chambre, j’espérais que Yasalyn n’était pas avec lui, car j’avais envie de ne lui parler que seuls, entre frère et sœur. Tant de choses à se raconter, à s’avouer… J’arrivai alors à la porte de sa chambre, je levai le poing et frappa. Un grognement affirmatif m’indiqua sa présence. Doucement, j’ouvris la porte et passa la tête par l’ouverture. Naid était bien seul dans la pièce, assis sur le lit, les bras croisés sur ses cuisses, le regard devant lui, dans le vide. Puis, j’entrai, je sus qu’il avait remarqué cela, et refermai la porte sans bruit. Puis, je m’approchais de lui, et m’assis également sur le lit, le regardant, examinant ses hématomes toujours pas soignés.

- Ca va ? lui demandai-je.

Il se retourna vers moi et m’adressa un sourire.

- Ca peut aller…me répondit-il.
- Tu as vu l’état de ton visage ? lui demandai-je avec une mine horrifiée.
- Hé ! s’exclama-t-il. Tu ne vas pas faire comme Yasalyn ! Arrêtez un peu !
- Calme toi ! Je m’inquiète juste pour toi.

Il soupira longuement.

- Tu ne devrai pas…me dit-il à voix basse.
- Et pourtant si ! Je te rappelle que tu es mon petit frère. Malgré cela, je ne connais presque rien de toi…

Il ne répondit pas, regardant ses mains meurtries par les coups qu’il avait donné.

- J’ai cru entendre tout à l’heure…qu’il te manquait un œil…continuai-je.

Je vis sa gorge se serrer.

- Oui, c’est vrai…me répondit-il lentement.
- Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ? lui demandai-je.
- Peut-être parce que tu me l’as jamais demandé…
- C’est faux ! contredis-je.

Puis, il se tourna vers moi, levant un sourcil.

- Ah bon ?
- Oui ! A Ephyr ! lui répondis-je. Tu m’avais dit que tu n’avais pas assez de forces pour tout me raconter…
-…A présent, tu es au courant, et voilà.
- Mais dis moi ce qu’il s’est passé par pitié ! insistai-je. J’ai le droit de savoir !

S’appuyant avec ses bras, il se leva et marcha vers la fenêtre.

- Ce n’est qu’un droit, pas une obligation, tant que c’est ça…
- Ecoute Naid…soupirai-je.
- Non, c’est toi qui va m’écouter, Diphtil, continua-t-il calmement, lorsqu’il fut arrivé à la fenêtre. Je n’ai pas envie de te raconter, je te l’avoue, car je ne veux pas que mon passé remonte dans mon esprit. J’en ai honte, je le renie… Alors, en tout cas, ça ne sera pas de ma bouche que tu le sauras.

Puis, je me levai à mon tour, mais ne le rejoignit, je restai debout, plantée comme un piquet, les bras croisés.

- Et Yasalyn ? demandai-je. Tu lui avais dit avant aujourd’hui ou tu as préféré garder ce secret et ne le confier à personne ?
- C’est différent, elle l’a deviné…
- Deviné ? m’étonnai-je, curieuse de savoir comment elle avait fait. Comment ?
- Tu étais inconsciente à ce moment, de plus, tu n’étais pas là… me répondit-il neutralement. C’était avant d’arriver à Ephyr, dans la forêt de Lharm, lorsque nous nous sommes fait attaqués par des bandits, tu te souviens ? Astiran était parti loin, avec toi dans les bras, évanouie. Pendant ce temps, j’ai dû combattre les bandits avec l’aide de Yasalyn. Mais, je me suis pris un coup venu de la droite. Quelqu’un qui aurait eu les mêmes réflexes que moi, mais qui aurait eu son œil l’aurait vu facilement…
- Tu n’as donc pas d’œil droit ? lui demandai-je.
- Oui…ce n’est qu’une prothèse magique, une sorte d’illusion qui le rend comme vrai. Mais c’est tout.
- C’est donc cela que l’infirmière à Ephyr voulait vérifier ?
- Oui…

Je sentais qu’il avait mal à chaque fois qu’il prononçait ses mots. Alors, je décidai de ne pas insister plus dessus. Même si cela me faisait mal, c’était son droit le plus légitime, et je le respectais. Puis, je m’approchai de lui, et enlaça sa taille de mes bras, dans son dos.

- J’ai oublié de te remercier pour tout à l’heure…lui murmurai-je, posant le côté de ma tête contre son dos, j’entendais même les forts battements de son cœur. Sans toi, je ne sais pas ce que je serais à présent…j’ai une dette envers toi.
- Tu viens de la payer…me dit-il.

Etonnée, je le regardai, et il tournai sa tête vers moi. Un sourire se dessina sur mes lèvres lorsque je vis qu’il n’y avait plus aucune coupure, plus aucun bleu, sur son visage, redevenu comme avant, peut-être même encore plus beau. Ses mains n’étaient plus meurtries, et les hématomes sur ses bras avaient disparus. J’étais si heureuse à cet instant. Alors, sans hésiter, je sautai dans les bras de mon frère et m’y serra fort. Il posa sa joue sur le haut de ma tête, et me berça.

- Je suis désolé, Diphtil… me chuchota-t-il.
- De quoi donc ?
- Pour tout…ex…excuse moi…
- Tu n’as rien à te reprocher, objectai-je. Depuis deux semaines…euh…quatre semaines, rectifiai-je, tu risques ta vie pour moi, cela pardonne même le plus grand péché.

Nous restâmes quelques minutes ainsi, à savourer l’étreinte de l’autre, même si chacun de nous deux savaient que ces années perdues étaient irrécupérables. Puis, il me prit par les épaules.

- Et pour Astiran ? me demanda-t-il. Ca va mieux ?
- Euh, oui…répondis-je en baissant la tête. Mais…comment sais-tu aussi que…
- Cela a peu d’importance, le plus sérieux, c’est toi, comment tu vas. Si ça s’arrange, alors tant mieux. Je ne veux que ton bonheur, Diphtil…

Je n’avais pas assez de mots dans mon vocabulaire pour exprimer ce que je ressentais, mes sentiments.

« Naid…comment peux-tu autant m’aimer…m’aimer à ce point ? »

- Je change totalement de sujet, continua-t-il, me sortant de ma rêverie. A présent, que faisons-nous ? Nous n’allons tout de même pas rester à Naralir éternellement ! Je n’ai pas envie de voir sa face de rat plus longtemps à l’autre enfoiré !

Je ris, amusé, même si je savais que lui ne plaisantait pas du tout.

- Nous irons vers Entygon…
- Hey ! Mais c’est chez nous ça ! s’exclama Naid, heureux. Donc, je pourrais revoir Elaeis !
- Sur les cartes que j’ai rapidement regardée oui…A mon avis, nous prendrons le même chemin qu’à l’aller, enfin presque. Nous retournerons à Ephyr, mais, nous monterons vers le Nord, pour suivre une rivière et aller jusqu’à la cité de Phèn, car je n’ai pas envie de retraverser la forêt de Lharm. D’après les dernières informations que m’a donné le roi Théorald, elle grouille de plus en plus de voleurs et brigands ! Ensuite, nous arriverons à Faritè. J’ai noté ensuite que nous passerons par les villes Netiades de Pirofoby et Aribeau, dans les montagnes, pour arriver ensuite jusqu’à Entygon.

Naid réfléchit trois secondes, en se tenant le menton, le pied gauche en avant.

- Et, tu as fait une estimation du temps du trajet ? me demanda-t-il.
- J’ai rapidement calculer, en effet…répondis-je. Il nous faudrait deux semaines pour aller jusqu’à Faritè, ensuite, encore deux semaines pour parvenir jusqu’à Entygon.
- Tout en deux semaines ! s’exclama Naid.
- Donc, au total, cela nous ferait quatre semaines, et nous amènerait aux environs de mi-Mai pour la date d’arrivée.
- C’est parfait tout cela ! Il nous faut juste aller voir le roi !
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Lun 16 Juil - 20:26

Partie 2



- Quoi ? Vous songez déjà à partir ?
- Mon roi, cela fait deux semaines que vous nous avez accueillis, fit remarquer Naid. Il est grand temps que nous partions, la route est encore longue, mais, votre invitation nous a rendu énormément de service, et nous vous en remercions.

Le roi se mit à rire. C’est vrai que lui n’était pas au courant des incidents des derniers jours, ni pour sa femme, ni pour son fils.

- Ce n’est pas la peine de me remercier voyons ! s’exclama-t-il de sa voix pleine d’entrain. Tout le plaisir de vous rencontrer était pour moi ! Voir une déesse et des gens aussi sympathiques que vous ont remplis mon cœur de joie ! Surtout que vous m’avez ramené ma fille.

Je sentis soudain une onde de tristesse provenant de Naid, un doute.

- Et donc…continua le roi, où vous rendez vous ?
- Nous allons à Entygon, capitale de l’empire Neltiad, sire, lui répondis-je poliment mais avec détermination.
- Ah ! Tiens donc ! Mais pour quelle raison ?
- Des raisons obscures mais personnelles, votre majesté…

Théorald hocha la tête en murmurant des mots inintelligibles.

- Nous en aurons pour quatre semaines de voyage, dit Naid. Il nous faudra donc des provisions.
- Aucun souci ! s’exclama le roi. Nous vous préparerons cela. Mais…vous en aurez pas pour quatre semaines, mais pour six…

J’ouvris de grands yeux.

- Vous devez vous tromper, sire. Nous avons calculé et…
- Avez-vous pris en compte que le tunnel dans la montagne qui reliait Naralir à Ephyr n’existait plus ? m’interrompit-il.

Je gardai le silence. C’est vrai qu’à présent, le tunnel s’était écroulé.

- N’aviez vous pas dit qu’un autre tunnel était en toute fin de construction ? remarqua Naid.
- Certes, mais il ne sera pas utilisable avant deux ou trois semaines, minimum…Alors que si vous gravissez la montagne à pied, cela vous prendra environ deux semaines…
- Marre des deux semaines…grommela Naid.
- Mais…pourquoi dites vous à pied ? Nous pouvons prendre nos chevaux.

Haussant les épaules, le roi soupira.

- Les chevaux ne supportent pas les voyages en montagne, la pente est trop escarpée pour eux, et ils seront encore plus lents, et vous ralentirez. Vous gagnerez du temps à rejoindre la cité d’Ephyr en marchant, et de prendre vos montures là bas.
- Et…il n’y aucun col atteignable ?
- A trois semaines de cheval d’ici…

Je soupirai. C’était parti pour deux semaines de marche interminable !

- Et donc…qui vient avec vous ? demanda le roi.
- Euh…à vrai dire… commença Naid qui ne savait pas.
- Si tu voulais savoir, je viens ! dit une voix forte derrière nous.

Nous tournâmes tous la tête vers la provenance de la voix. C’était Yasalyn qui débarquait, adossée contre la porte. Soudain, j’aperçus un sentiment de joie et de soulagement sur le visage de mon frère.

- Hors de question que je vous laisse partir sans moi ! Trop dangereux…bref, je viens, et il n’y a rien à redire là-dessus.
- C’est ton choix, ma fille…soupira la roi, déçu, pensant que sa fille allait à présent rester à ses côtés. Les voyages forment la jeunesse comme on dit, alors, va si tu le veux.
- Merci père, dit-elle sans bouger, ni même incliner la tête pour le remercier. Et donc quand partons nous ?
- Demain, première heure ! répondis-je.



Le lendemain, nous nous réveillâmes tous de bonne heure. Le roi nous fit transmettre tout ce que nous aurons besoin durant ce long trajet de marche, des provisions, quelques vêtements de voyages, et d’autres choses nécessaires. Puis, nous allâmes à la sortie du château. Le roi et la reine étaient là, escortés par des soldats de la garde.

- Soit votre route sûre…dit le roi solennellement. Bonne continuation, et j’espère que nous nous reverrons un jour.
- Soyez en sûr, sire, lui répondis-je en m’inclinant.
- Je reviendrai un jour, ajouta Yasalyn. Ne vous inquiétez pas pour cela.
- Tu m’envoies rassuré, ma fille, dit-il alors dans un sourire.

Nous fîmes alors nos au revoirs, mais je n’osai regarder la reine plus de deux secondes, elle aussi paraissait gênée. Nous nous serrâmes juste poliment la main. Quant au prince, il n’était pas là, et tant mieux ! Je n’aurais pas voulu l’affronter par regard, et je savais qu’il sauterait sur Naid pour l’étrangler ! Puis nos partîmes, car nous voulions partir le plus rapidement possible : à présent, le temps comptait. Bien sûr, j’avais dit à Astiran et Yasalyn où est-ce qu’on se rendait, mais, je ne dis à personne le pourquoi. La route allait être longue…très longue. Nous commençâmes donc à nous éloigner de Naralir. Le temps était couvert en ce jour du dix avril. Peu à peu, nous nous éloignâmes du château, de la cité, qui paraissait tellement grande de loin. Nous passâmes près du l’entrée du tunnel, totalement effondrée sous les pierres et les énormes rochers. Je regardais le haut de la montagne, que je pouvais même pas apercevoir, caché dans les nuages. Et dire que nous en n’étions qu’au pied…



- J’ai mal au pied !!
- Tais toi à la fin !!

Déjà trois jours de marche passés, nous n’en pouvions plus. Il pleuvait des cordes, à s’en noyer. La pente étant très raide, nous tombions parfois dans la boue. Et puis, Yasalyn qui se plaignait…

- Tu as déjà vécue seule des années, à errer et marcher ! lui dis-je. Alors tais toi ou parle d’autre chose !
- Diphtil…je te trouve un peu brusque, constata Astiran dans un sourire, le visage trempé, ses cheveux dégoulinant et collant à sa peau.
- Je ne suis pas brusque, je suis énervée ! nuançai-je en fulminant.

Je l’entendis soupirer à côté de moi.

- Je n’aime pas la pluie quand même…
- Rah !! La ferme toi !
- Hey ! Regardez ! s’exclama Naid.
- Quoi encore…une attaque de canards et de marmottes ? ironisai-je.

Naid remua la tête, la main en visière.

- Non, ça serait plus une cabane si je ne m’abuse…
- Ils ont intérêt à nous laisser entrer, sinon, je défonce la porte ! dit Yasalyn.
- Mais…qu’est ce qui vous arrive à toutes les deux… ? soupira Astiran.
- On en a marre ! exclama-t-on, Yasalyn et moi, en chœur.

Les garçons ne savaient pas s’il était temps de désespérer. Nous nous approchâmes de la maisonnée, isolée dans la montagne, cachée du reste du monde.

- Mettez quand même vos capuches, nous conseilla Naid en se revêtant de la sienne.
- Mais…Naid, tu es le seul à ne pas mettre de capuche sous la pluie, fit remarquer Yasalyn. Nous avons déjà tous nos capuches…si tu ne l’avais pas remarqué !

Naid ne répondit rien, se sentant bête. Puis, il frappa à la porte. Nous entendîmes des petits pas, et un cliquetis de verrou rouillé avant que la porte ne s’ouvre, qu’un petit peu, juste assez pour voir une tête. Celle d’une jeune femme, aux cheveux bruns, un bandeau autour de la tête qui cachait son front, et des yeux verts timides.

- C’est pour quoi ? demanda-t-elle d’une voix faible.
- Excusez moi madame, commença Naid, mais nous sommes des voyageurs et nous recherchons un abri pour seulement quelques heures. Serait-ce possible de…
- Entrez vite alors ! Vous allez mourir sous cette pluie ! s’exclama-t-elle.

Puis, elle nous ouvrit grand la porte et nous laissa pénétrer dans la modeste chaumière. Le plancher craquait et grinçait sous nos pas, de la paille et de l’eau tombaient du plafond : c’était une maison de paysans.

- Venez vite vous asseoir, nous dit-elle en nous montrant une paillasse. Voulez vous un peu d’eau ?
- On s’en est déjà pris assez sur la tête ! s’exclama Yasalyn.

Naid lui donna un coup de coude.

- Si ça ne vous gêne pas…dit-il.
- Aucun problème, répondit-elle avec un bien faible sourire aux lèvres.

Puis, elle partit dans la pièce d’à côté.

- Tu aurais pû être plus aimable Yasalyn ! dit Naid d’une voix basse pour pas qu’elle puisse nous entendre.
- Je suis désolée…murmura-t-elle. Je ne pouvais pas m’en empêcher ! C’est naturel pour moi !
- Au moins, elle m’a l’air bien gentille…fit remarquer Astiran en croisant les bras.
- Peut-être pourrions nous retirer nos capuches…proposai-je.
- Pas tout de suite…imagine qu’elle déteste les Neltiads et qu’elle veuille nous dénoncer ?
- Et bah…on la zigouille ! dit Yasalyn en mettant main sur ses poignards.
- Yasalyn !!

Nous entendîmes des bruits de pas plus lourds que ceux de la femme, provenant d’une pièce à côté. Puis, nous vîmes un grand homme baraqué, aux cheveux châtains aux reflets roux et aux yeux bruns, s’appuyer contre l’embrasure de la porte de la salle. Il était beau, je l’avouai. Mais, son torse nu était recouvert d’épais bandages.

- Qui êtes vous ? demanda-t-il d’une voix peu accueillante, mais au timbre si surprenant.
- Des voyageurs qui cherchons abri, répondit Naid. La dame nous a gentiment accueilli.
- Vous n’êtes pas des hommes d’Ephyr, j’espère…

Nous nous regardâmes entre nous, étonnés par la question qu’il venait de poser.

- Non.
- Bon, je vous fais confiance. Dans ce cas, bienvenue, dit-il lui aussi avec un faible sourire.

Puis, la femme revint avec une cruche d’eau.

- Voilà, je vous ai amené…

Elle ne finit pas sa phrase, lâchant la carafe qui se renversa au sol, elle tomba à genoux, appuyant ses mains contre son cœur, son visage crispé dans une horrible expression de douleur. L’homme accourut auprès d’elle, nous nous levâmes, prêt à intervenir si nécessaire.

- Martyr ! s’exclama l’homme en s’agenouillant auprès de la femme.

« Martyr ? Quel horrible et cruel nom… » me dis-je.

- La carafe…dit la femme, d’un voix défaillante. Il faut…aller la remplir à nouveau…
- Pas question ! intervint l’homme. Tu dois te reposer…
- Non…
- Madame, laissez l’eau, dis-je. Ce n’est pas grave. Alors que vous, vous avez besoin d’aide et de repos.

Elle me regarda avec ses profonds yeux verts, telles deux émeraudes scintillantes. Je sentais une étrange onde magique émanant d’elle, quelque chose de peu commun. Puis, l’homme prit la parole :

- Est-ce que…par hasard…vous seriez des Neltiads ?
- Pourquoi vous nous demandez cela ? demanda Naid d’un ton impassible.
- Pour essayer de nous redonner une lueur d’espoir…

Je ne comprenais pas trop, Naid non plus apparemment.

- Vos intentions ont l’air bonnes, monsieur, dit-il calmement.
- Elles le sont…répondit-il.
- Dans ce cas…

Mon frère nous fit un signe de la main, et nous retirâmes tous nos capuches. L’homme me regarda, avec des grands yeux, mais un sourire aux lèvres. Il soupira de soulagement.

- Martyr ! Nous avons peut-être une chance ! s’exclama-t-il en serrant la femme, tête baissée, contre lui.
- Une chance ? demandai-je. De quoi parlez vous ?
- Si je ne m’abuse, vous détenez un symbole sur votre front…
- C’est…c’est exact, bégayai-je, étonnée.
- Vous êtes la seule personne à pouvoir la délivrer…continua-t-il, la voix émue, en me regardant.
- La délivrer ? La délivrer de quoi ?
- Attendez…

La femme venait de parler, elle releva la tête avec difficulté mais parvint à me voir.

- Je vais tout vous expliquer…dit-elle à voix basse.
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Lun 16 Juil - 20:27

Sur ces paroles, elle défit le bandeau qui cachait son front en silence, sous sa frange de cheveux. Puis, celui-ci tomba à terre, levant sa tête vers nous. Mon coeur fit un bond dans ma poitrine lorsque mes yeux se posèrent sur son front. Au milieu de celui-ci était placé l’exact même emblème que le mien, à une chose près : son symbole était rouge comme du sang, alors que le mien était noir. Je sentis aussi les autres surpris par ce qu’il venait de voir, mais la femme ne les laissa pas commencer.

- Je suis maudite, débuta-t-elle. Et cela depuis ma naissance. C’est une longue histoire, mais je suis prête à tout vous dévoiler. Lorsque je suis venue au monde, ma mère n’y a pas survécu. Mais, juste avant de mourir, elle avoua à son mari que celui-ci n’était pas mon père. Elle est morte sur ces tristes mots. Mon père, enfin…mon beau père m’a alors haï de tout son être. M’accusant de la mort de ma mère, et de plus, comme je n’étais pas son enfant, il m’a revêtu de cet abominable nom et il m’a maudit, et les dieux n’ont rien pû faire, mise à part réaliser son vœux. Depuis, je vis avec cette marque sur le front, abandonnée de tous, car tout le monde était au courant dans mon village. Cette malédiction m’affaiblissait chaque jour un peu plus, et cela n’a toujours pas changé. Heureusement, il y a maintenant plus de trois ans de cela, j’ai rencontré Jen – elle tourna sa tête vers l’homme – et nous sommes tombés éperdument amoureux l’un de l’autre. Ensemble, nous avons cherchés une solution, et un jour, une sorcière nous a dévoiler le moyen de retirer la malédiction : il fallait que je rencontre une Neltiade aux cheveux de sang à la marque identique. D’après la sorcière, celle-ci serait capable de m’enlever la malédiction sans trop de risques. Etant trop faible, Jen s’est lancé seul à votre recherche, partant durant des mois durant, parcourant tout l’Empire Neltiad. Et un jour, il a entendu parler d’une ville neltiade souterraine, sous la cité d’Ephyr. Il s’y est rendu, sans aucun résultat, et les Neltiads ont très mal vu sa présence. Mais, après, les humains, qui l’avaient vu avec des Neltiads à la surface l’ont agressés presque à mort, par simple plaisir, en l’insultant des plus horribles noms, simplement parce qu’il avait parler avec des Neltiads. Il est revenu ici dans un piteux état et tous nos espoirs se sont dissipés, car nous nous disions que nous n’avions plus aucune chance. Nous n’avions que la certitude que vous aviez bien exister, un homme passé ici il y a à présent un an nous a dit vous avoir vu par le passé.

Un homme m’ayant vu par le passé ? Cela m’étonna fortement, car je n’avais vu que de très rares personnes, étant enfermée dans le monastère de Désegipsien. Ou alors peut-être l’un des malades que j’avais guéri. A vrai dire, je ne voyais pas d’autre possibilité.

- C’est une bien horrible histoire…dit Naid à voix basse.
- Mais à présent, vous êtes là, dit alors le dénommé Jen.
- Oui, certes…mais…je ne sais pas comment m’y prendre…ajoutai-je.

Je sentais le regard transperçant de la femme, des yeux remplis de souffrance, mon corps et mon être entier s’emplirent de pitié. Une force inconnue jaillit en moi. J’ouvris alors la bouche, toujours en la fixant.

- Laissez nous un instant…dis-je alors.
- Vous laissez ? Pourquoi ? demanda Astiran.
- A ton avis…intervint Yasalyn en soupirant.

Jen se leva alors avec difficulté.

- Nous ferons ce que vous nous demandez…dit-il en s’inclinant.

Puis, il fit un signe aux autres et tous sortirent de la pièce. La femme me regarda.

- Comment faut-il alors faire…couina-t-elle. Je vous en prie…dites moi…

Je ne répondis pas, le regard toujours fixé sur elle. Soudain, je sentis une force provenant de la marque sur mon front, comme s’il chauffait, et tout à coup, un lien lumineux se forma entre nos deux fronts. Elle s’immobilisa, comme paralysée, la bouche ouverte, les yeux vides. Je sentais dans mon corps un pouvoir mauvais, mais que j’arrivai à dissiper peu à peu : j’aspirai sa malédiction grâce à mes pouvoirs. Au bout de quelques minutes, le lien disparut soudainement, et Martyr chuta, ayant perdu connaissance sur le coup. Juste au bond moment, je parvins à l’attraper avant qu’elle ne tombe à terre. J’étais moi-même fatiguée par l’épreuve que je venais d’endurer : je venais tout de même de retirer une malédiction. Sur le coup, j’étais véritablement fière de moi et je regardai la pauvre femme dans mes bras. Elle avait un sourire aux lèvres et le symbole sur son front avait disparu. Son visage prit rapidement des couleurs. Heureuse, je l’allongeai sur le sol et allai ouvrir la porte. Jen arriva brusquement vers moi.

- Alors ? demanda-t-il.
- Elle est morte ? ajouta Yasalyn de son ton habituel sarcastique.

Je leur souris, trahissant tout de même ma fatigue.

- Elle est guérie, parvins-je à dire en m’appuyant contre la porte.

Je vis la joie éclairer le visage de Jen qui se précipita vers sa bien aimée. Il s’agenouilla auprès d’elle et la serra contre elle. Puis, il se tourna vers moi, me regardant de ses yeux mouillés par des larmes de bonheur.

- Je ne saurais jamais comment vous remerciez…déclara-t-il. Ma dette envers vous est énorme, mais je ferais de tout ce qui en notre possible, soyez en certain.

Alors que j’allais répondre que le simple fait d’avoir pû retiré sa malédiction était assez pour moi, cette idiote de Yasalyn ouvrit sa bouche.

- On peut dormir ici ? demanda-t-elle.

Je me retins de lui sauter dessus pour l’étrangler. Jen nous regarda alors avec un souvenir.

- Bien sûr, répondit-il, il n’y a aucun problème à cela. Mais, ce n’est qu’une modeste chaumière.
- Ca sera déjà mieux que de dormir sous la pluie, croyez moi, dit Astiran.
- J’espère que deux pièces vous suffiront pour vous quatre, nous vous prêtons notre chambre, nous dormirons ici.

Nous nous regardâmes avant de déclarer que cela ne nous posait aucun problème apparent. Alors, Jen nous désigna les pièces avec sa main, car il tenait Martyr entre ses bras, et se lever avec toutes ses blessures lui aurait demander un effort surhumain. Nous décidâmes sans nous parler comment on s’organisait pour les chambres. Yasalyn serait avec Naid et moi avec Astiran, quoi de plus normal… Mais je n’étais toujours pas très à l’aise avec lui, en espérant que ce sentiment disparaîtrait le plus vite possible. Nous nous dirigeâmes alors vers la pièce que l’on nous avait prêté, c’était justement l chambre de Martyr et Jen. Astiran ferma la porte en soupirant.

- Tu m’étonneras toujours…dit-il.
- Si tu le dis…
- Et dans tous les cas, c’est pour aider ton entourage.
- Je le sais, il n’y a que cela peut me rendre heureuse, rendre service à ceux demandant l’aide.

Astiran sourit.

- Diphtil, tu es vraiment la femme la plus généreuse de son monde…
- Ah bon ? demandai-je, amusée.

Je me reconnaissais bien là, recherchant toujours à recevoir des compliments de la part d’Astiran.

- Mais ce n’est pas tout, continua-t-il. Tu es également la plus belle.

Je ne pus m’empêcher de rougir.

- C’est gentil ça…lui murmurai-je en m’approchant de lui.
- Non, c’est sincère…rectifia-t-il.

Je me crus comme au tout début de notre aventure, lorsque je commençais à l’aimer. Les mêmes sentiments, la certitude de mon amour envers lui. Ses yeux, son odeur…lui.

- Je suis désolée…lui chuchotai-je.
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mar 17 Juil - 3:29

Je sais que je t'ai déjà dit ce que je pensais, mais je pouvais pas résister et j'ai décidé de venir et de te dire à quel point tu es excellente en écriture!! Sérieux tu m'impressionnes! Et je le pensais vraiment la première fois que je t'ai dit que tu pourrais en faire ton métier, et je le pense encore, sinon plus!

Bon ok, mes commentaires sur le chapitre...

C'est vraiment super, le seul point que j'aurais changé, c'est que j'aurais donné plus d'intensité à la scène "d'exorcisme" de Diphtil, je sais pas, peut-être qu'il aurait fallu que ça est l'air plus difficile, mais il me semble qu'on a pas senti la magie du moment, t'aurais pu faire trembler les meubles...XD

Sinon j'adore Yasalyn! Elle est vraiment drôle! J'adore quand elle se pogne avec Diphtil...

C'est très intrigant l'affaire de Naid et de son oeil...J'me demande bin... scratch c'est vraiment très intrigant... Suspect

Je suis bien contente qu'ils recommencent à voyager! Et j'ai très hâte de lire la suite!!Surtout qu'on va en aprendre sur Yasalyn...

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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mar 17 Juil - 10:59

En apprendre, oui, c'est un mot trop petit je crois ! :DD ! Là, je vous met en rage ! What a Face Pour la scène d'exorcisme, c'est fait exprès que ça paraisse aussi facile, cela montre que les pouvoirs de Diphtil commencent à être tellement puissants qu'ils n'influencent plus son entourage, qu'elle arrive partiellement à les contrôler, et ça, ce n'est pas rien. ^^
Concernant l'affaire Naid, je m'excuse d'avance, vous ne saurez les détails de son problème dans une dizaine de chapitre ! What a Face
En tout cas merci, ça me fait super super plaisir ! Embarassed
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mar 17 Juil - 18:35

oh non! ça va être long!!! mais j'me dis que ça veut dire qu'il y a encore au moins une dizaines de chapitres!!! et ça c'est bien! Very Happy

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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mar 17 Juil - 20:28

Au moins une bonne vingtaine, au moins ! Ca vous fera énormement de lecture ! ^^
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mer 18 Juil - 18:16

yéééééé!!! ça c'est encore mieux!! 40 chapitres...quand même, c'pas rien!!


J'ai très hâte de lire la suite!!

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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mer 18 Juil - 19:23

oui, mais mes chapitres sont assez courts comparé à ceux dans les livres, donc, on peut dire que ça fait kifkif. La suite pour je ne sais pas quand, quand je pourrais ! ^^"
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MessageSujet: Re: Chapitre 28 [Départ de Naralir]   Mar 28 Aoû - 16:34

[Post de remise en ordres des chapitres.]
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Chapitre 28 [Départ de Naralir]

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