Partie 3Quelle joie fut-elle pour lui lorsqu’il se rendit compte de l’endroit où il venait d’arriver : la source de Galimack. Cette fraîcheur qui se dégageait de la fontaine, cette verdure abondante qui l’ornait. Mais, ce qui attisait la joie de Martin, c’est que c’était le lieu où il retrouvait Séléné. Que de temps qu’il ne l’avait pas vu, certes, il l’avait entr’aperçu lors de l’épreuve de la peur, mais elle était sous forme de spectre, sinon, il fallait remonter à l’épreuve de la paix, qui fut assez lointaine. Martin leva sa tête vers le ciel.
- Tiens, déjà le soir ! s’exclama-t-il.
Surpris, il se mit la main devant la bouche. Jamais il n’avait voulu dire cela, il l’avait simplement pensé. Ainsi…toutes ses pensées allaient véritablement être révélées tout haut !
- Merde ! Quelle poisse ! continua-t-il, alors qu’il n’avait toujours pas l’intention de prononcer ça.
Il fallait qu’il se calme, ne penser à rien…faire le vide. Bon, maintenant, contacter Séléné. Il l’appela donc, veillant à ne rien penser… Celle-ci arriva quelques secondes plus tard, un grand sourire sur les lèvres, Edelweiss sur son épaule. Lorsque la chouette vit Martin, elle huhula de joie, s’envolant pour atterrir sur le bras de Martin qu’il venait de tendre. La dame blanche s’avança, les mains liées au niveau de son ventre.
- Quelle joie de te revoir ! dit-elle alors. Cela fait si longtemps…
- C’est sûr, j’aurais bien voulu que l’on se revoie avant, mais ces foutues épreuves ne le permettaient pas !
Il venait encore de penser trop fort ! Décidemment, cela allait s’avérer sûrement plus dur qu’à ce qu’il s’attendait.
- J’y crois pas, mais c’est quoi cette épreuve !
Il se frappa la tête, afin de faire disparaître les pensées, tandis que la dame blanche esquissa un sourire.
- Oui, mais cette reine est tellement une tarte, elle m’oblige à répéter mes pensées tout haut !
Alors, soudainement, Séléné se mit à rire aux éclats, sous le regard de Martin, étonné, mais tout de même un peu vexé.
- Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle…grogna Martin.
- Moi non plus à vrai dire, répondit la femme un grand sourire aux lèvres. Je te souhaite déjà bon courage d’avance !
- Merci, j’en aurai bien besoin…
La dame blanche réfléchit quelques secondes tandis qu’Edelweiss pinçait avec son bec quelques mèches de cheveux de Martin, qui lui demanda d’arrêter.
- Donc…l’épreuve de la pensée, je présume…dit-elle alors, la main figée dans une geste gracieux, le doigt sur la joue. Toutes tes pensées seront répétées tout haut, et donc, tu dois tenir un temps déterminé ainsi, c’est bien cela…
- C’est exact, répondit Martin. Et ça m’énerve au plus haut point, pas moyen de rester tranquille !
Alors, la dame blanche sourit, amusée.
- Je suppose donc que tu n’iras pas à Aïtora, étant donné que tu n’as sûrement aucune envie que tous les Zvaïs soient au courant de toutes tes pensées, déclara-t-elle en reprenant Edelweiss sur sa main.
- J’ai tellement envie de revoir Narphaï et surtout Loïsaï en fait…Mince !! s’interrompit-il, se rendant compte de ce qu’il venait de dire.
Lorsqu’il prononça ces mots, Séléné eut un regard de travers.
- Ne me dis pas que tu es tombé sous son charme…surtout que d’après ta vie que tu m’as raconté, tu es déjà amoureux…
Préférant ne pas dire de bêtise, il décida de ne pas ouvrir la bouche. Il favorisa l’écriture en traçant ses lettres sur le sol.
- Ne… crois… pas… ça… je… l’admets… elle… est… belle… et… charmante… mais… je… préfère…Virginie… lisait la dame blanche en décryptant l’écriture de Martin. Attends…tu ne m’avais jamais dit qu’elle s’appelait Virginie…Comme la fille d’Adiamanta.
- Mais c’est sa fille ! s’exclama-t-il. Mais…comment sais-tu qu’elle a une fille ?
- Je sais tout, répondit-elle en lui glissant un clin d’œil. Bon, au final, tu veux aller à Aïtora ?
Martin soupira longuement tandis qu’Edelweiss le dévisagea.
- Il le faut, déclara-t-il. Désormais, je ne vais plus vivre dans le monde réel mais dans le Royaume des Pierres, à cause d’un accident avec ma petite sœur, mais bon, c’est normal, elle est a vraiment fait la conne sur ce coup ! Excusez-moi d’avoir sorti ça, c’est tellement vrai… Et donc, j’aimerai m’entretenir avec les Zvaïs pour pouvoir vivre à Aïtora.
Séléné hocha la tête, en murmurant un intelligible « je comprends… » avant de reprendre avec enthousiasme :
- Alors, qu’attendons-nous pour y aller ?
- Rien ! Partons !
Ils se mirent donc en route en traversant le reste de la forêt de Galimack et en sortirent, avançant dans les plaines chaudes et sèches. Les hautes herbes leur grattaient les jambes, et quelques fois, ils croisaient des animaux ressemblant étrangement à des lapins de garenne, même si Séléné expliqua à Martin qu’il s’agissait d’Erdigos sauvages.
- Mais, au fait, je viens de penser à une chose…fit remarquer Martin en se grattant la tête.
- Quoi donc ? demanda la dame blanche en cueillant au passage à jolies fleurs sauvage à pétales rouges.
- Lors de l’épreuve de la fraternité, où l’on s’est bousillé les pieds à traversé tout le Royaume juste pour instaurer une pseudo-paix entre les Zvaïs et les Folways, tu m’avais fait remarqué à l’aller vers Aïtora, que ce serait la seule épreuve où tu m’accompagnerais. Pourtant, aujourd’hui, tu es à nouveau à mes côtés…Tu as subitement changé d’avis ? Un soudain élan d’amitié envers moi ?
Tout en reniflant la fraîche fleur, Séléné sourit, puis, la glissa derrière son oreille, la rendant encore plus ravissante.
- En aucun cas je n’ai précisé dans quel but je t’accompagnais, mon cher Martin, répondit-elle. Aujourd’hui, ce n’est, non pas pour t’aider, mais il faut que je m’entretienne avec le roi Darneï.
- A quel sujet ? demanda Martin qui ne put pas s’en empêcher.
- C’est un…se-cret ! répondit Séléné en souriant.
Un peu plus tard, ils rencontrèrent sur leur chemin, deux gorxs à l’écart, assis en plein milieu de la clairière. Ils semblaient rire grassement, mais on ne pouvait comprendre de quoi ils discutaient.
- Oh, non…soupira Martin. Encore ces horribles monstres poilus et qui puent ! Ca me répugne !
- Voyons, pour l’instant, ils ne nous veulent pas de mal, fit remarquer Séléné. Je me demande même s’ils ont remarqués notre présence. Mais, dans ce cas, il est inutile de les attaquer !
- Je n’en ai nullement l’intention, répondit Martin en remontant ses manches. J’ai juste envie de m’amuser un peu. Tu permets… ?
- Martin, je ne crois pas que…
Mais, il ne lui laissa pas le temps de terminer, sa phrase, levant sa main droite vers les deux gorxs qui riaient aux éclats, un flash blanc déchira le calme de la prairie. Lorsque leurs yeux se réhabituèrent à la lumière du jour, les monstres avaient subitement disparus, laissant la plaine vide tout à coup.
- Mais…que leur as-tu fait ?! s’exclama Séléné, affolée.
- Je les ai envoyé dans les montagnes des Bouvieuses ! Ils vont bien se marrer là-bas, ne comprenant même pas si qui leur ait arrivé !
La dame blanche soupira en se prenant la tête.
- Il faudrait que tu apprennes un peu à mûrir Martin ! On ne doit pas s’amuser ainsi avec la vie des autres, Gorxs ou pas !
- Tiens ! J’aperçois l’ombre d’autres bêbêtes plus loin !
Intéressé, il se mit à courir dans cette direction.
- Attends Martin ! s’écria la dame blanche qui le poursuivit.
Puis, le jeune homme s’aperçut qu’il s’agissait d’un escadron d’une vingtaine de gorxs, avec eux, trois hommes Zvaïs, mains et ailes ligotées, ils paraissaient faibles… Pour les faire avancer, les monstres aux gros museaux humides, leur donnait un coup sur la tête ou leur balançait un pied dans le dos, comme des esclaves.
- Des Zvaïs…ici ?! s’étonna Séléné. Mais…pourquoi les gorxs les ont-ils pris en otage ?
- Simplement parce que ce sont de grosses brutes sans pitié ! s’exclama Martin en dégainant de son fourreau son épée d’une blancheur impeccable.
- Justement…continua Séléné. Normalement, ils les auraient tués, ce n’est pas dans les manières des gorxs d’emprisonner les gens, surtout les Zvaïs !
- Dans tous les cas, je ne vais pas rester les bras croisés !
- Cette fois, moi non plus…avoua la dame blanche en retroussant ses manches, Edelweiss prenant son envol.
Ils s’élancèrent alors vers les gorxs qui ne s’attendaient nullement à ce qu’on les trouve au milieu de cette immense plaine prenant tardivement leurs haches en main, déjà cinq se retrouvèrent électrocutés par un éclair géant, deux se firent décapités dans la seconde, quant à l’un d’entre eux, Edelweiss tentait de lui arracher l’œil avec ses serres, le monstre gesticulant dans tous les sens sans réussir à se saisir de la chouette. Beaucoup de sorts et de lames volèrent durant le combat acharné, même si l’issue était connue ! Quelques minutes plus tard, tous les gorxs furent mis hors de combat, Séléné s’en ayant sorti avec une légère blessure qu’elle guérit rapidement. Remarquant qu’un gorx n’était pas tout à fait mort, Martin se saisit de son épée et lui enfonça dans la gorge.
- Rejoins les enfers, sale monstre !
Mais alors, elle se prit directement une baffe envoyée par la dame blanche, assez furieuse.
- Tu n’as pas honte de penser ça ?! s’énerva-t-elle. Ne prends pas un cas comme une généralité !! Réfléchis un peu dans ta tête avant de déclamer de telles choses !
Puis, elle se détourna de Martin en fulminant, rejoignant les Zvaïs épuisés qu’elle détacha. Après les avoir fait boire, ils leur demandèrent ce qu’il s’était passé.
- Nous sommes des Zvaïs, envoyé en expédition sous ordre du roi Darneï, l’arria dè laxia…répondit l’un d’eux lorsque Séléné leur posa la question.
- Une expédition ? demanda Martin.
- Oui, hors de la forêt, une mission très périeuse, qui consistait à revoir ces dénommés Folways, continua une second après avoir avalé une gorgée d’eau. Mais en route, nous sommes tombés sur des Gorxs. Ils ont tués quatre d’entre nous, nous sommes les derniers survivants de l’équipe…Durant des jours, voire semaines, nous avons été traînés vers différents camps, jusqu’à ce qu’ils décident de nous emmener à leur fameuse capitale introuvable, pour je ne sais quelle raison…
Puis, un déclic se produit dans la tête de Martin.
- Attendez, l’un de vous ne serait pas le père de deux jumelles Daïgora, Loïsaï et Faïtinaï ?