Partie 1« Non ! C’est impossible ! Ca ne peut pas arriver ! »
Martin était assis sur son lit, la tête entre ses mains, son regard fixé sur le parquet.
« Je ne pourrai pas… »
Le jeune homme désespérait. Il ne restait plus qu’une semaine avant le départ définitif de Virginie, et cela l’attristait énormément. Elle aussi sûrement… Mais depuis la découverte du Royaume des Pierres, se relation avec elle s’améliorait de jour en jour, et rien qu’à l’idée de la quitter, son cœur se brisait. Il voulait éternellement la prendre dans ses bras, l’embrasser et murmurer à son oreille des mots d’amour, mais cela allait prendre fin bientôt, il fallait revenir à la réalité. De plus, il s’en voulait contre lui-même, avec l’événement qui s’était produit avec Loïsaï.
« Peut être après Virginie… ? »
Il fronça les sourcils.
« Non, je ne peux pas…pas maintenant…même pas après… »
Ainsi son cœur criait au désespoir sans trouver d’aide, même pas celle de ses amis. Horrible était sa souffrance, que personne ne pouvait percevoir en lui. Il tomba en arrière sur son lit, les mains devant le visage.
« Que faire…? »
Rien…il n’y avait que Virginie pour lui…Tout à coup, la prédiction de Cristèle lui revint à l’esprit.
Tu vivras un bel amour, avec beaucoup d’évènements, des choses que tu ne sauras pas tout de suite. Et je ne sais pas pourquoi, ta ligne d’amour se coupe ici. Je n’arrive pas très bien à comprendre… Comme si cet amour se détruisait, pour quelle raison ? Je n’en sais rien… Mais qu’après il se reconstruit, plus fort qu’avant.Une séparation de ligne ? Qu’est que cela pouvait signifier… Que Virginie allait déménager, Martin l’oublier, mais ils se retrouveraient, s’aimant à nouveau ? Aucune idée…Il allait falloir attendre une réponse de la part du destin.
Cette phrase continuait à résonner dans la tête de Martin, lorsque le passe partout l’appela. Alors, mollement et abattu, il se releva et alla chercher le diamant magique entreposé dans son tiroir, juste à côté de la petite boîte noire qui contenait seize pierres de pouvoir à présent.
« En espérant qu’Adiamanta sera moins en colère… »
Alors, il se téléporta grâce au vent qui l’emportait vers le Royaume de la Pureté. Martin avait eu raison d’espérer au moins ça. Adiamanta avait l’air de bonne humeur, même d’excellente humeur, sans en savoir néanmoins la raison. Martin sentait en elle une immense joie intérieure, qui ne pouvait pas exploser, pas sur le moment en tout cas.
- Ah…soupira-t-elle. Ca me fait plaisir de te voir aujourd’hui Martin.
Martin haussa les sourcils de surprise. Elle était vraiment heureuse !
- Moi aussi madame. Pourquoi êtes vous si joyeuse ?
Elle fit dévier son regard sur le côté avec un air coquin qui ne lui était pas commun.
- Oh, tu le sauras bientôt… mais je m’enchante déjà !
Martin se demanda un moment si la reine ne devenait pas folle, il ne l’avait jamais vu aussi gaie depuis leur première rencontre. Peu importe ! Ca lui faisait plaisir de voir Adiamanta ainsi, cela remettait un peu de bonheur dans cette journée qui avait été triste.
- Je ne t’avais pas demandé la dernière fois, dit-elle, comment s’est passé ta dernière épreuve ?
Martin se souvint de sa mission de ré-union entre les Zvaïs et les Folways.
- Je l’ai réussi, enfin…ils l’ont réussi. Ils ont discuté ensemble, je ne sais pas ce qu’ils se sont dits durant toute une heure, mais, la situation s’améliore. Pas totalement, mais c’est préférable à la guerre.
- Bien dit ! Je suis sûr que l’on est sur le bon chemin. Il suffit de le suivre, sans le dévier. En espérant que l’on continuera ainsi.
Martin regarda ses pieds.
- Oui, je l’espère.
Adiamanta s’approcha de lui, et lui prit le menton. Alors, elle le regarda dans le fond des yeux.
- Toi, tu as l’esprit noyé par la pluie de la tristesse. Que se passe-t-il…dis moi tout…
Martin la regarda. Il lui était infiniment reconnaissant de se soucier de lui et de ses problèmes.
- Seul Grenaphie peut comprendre mon problème…lui répondit-il.
Grenaphie était, rappelez vous, la reine de l’amour, que Martin avait rencontré au tout début de ses aventures. Adiamanta sourit en le dévisageant.
- Je vois clair…de toute façon je sais tout…
Martin blêmit d’un coup. Comment Adiamanta connaissait-elle sa vie amoureuse ?
- Comment… ? balbutia-t-il.
Elle lui fit un clin d’œil.
- Ne t’inquiètes pas… c’est tout ce que je peux te dire pour l’instant.
« Mais…Virginie s’en va ! » faillit crier Martin qui s’y retint.
Mais son cœur, lui, hurlait dans le néant. Adiamanta le sentait, elle percevait la torture que subissait Martin.
- Je te le dis… oublie pour le moment.
Rien que le regard de la femme suffisait à apaiser l’esprit de Martin, qui se calma à force. Alors elle sourit, et il le lui rendit.
- Aujourd’hui, ton épreuve sera courte, certes, mais sûrement très douloureuse…
- Douloureuse ? demanda Martin tremblant.
Elle hocha la tête.
- Oui, désolée…
Pourquoi s’excusait-elle ? Aucune idée… Elle ne le dirait pas, c’était sûr et certain.
- Je n’aime pas vraiment pas cette épreuve, mais c’est cette reine qui le veut…la reine elle-même est particulière…
- Qu’appelez vous par particulière ?
Elle se mit la main sur la tête.
- C’est trop dur à expliquer ! répondit-elle dans un sourire. Je te laisse voir.
Elle pointa le passe partout du doigt, celui-ci lança des rayons noirs dans tous sens et Martin fut emporté.
Il arriva dans une salle froide, toute noir brillant. Seules quelques bougies à la flamme mourante éclairaient infimement la pièce. On aurait voulu y sortir à tout prix tellement on s’y sentait mal. C’est comme si notre cœur était tellement serré qu’il pourrait exploser dans un rire mauvais, une idée qui nouait la gorge. Pour la première fois, Martin eut véritablement peur de rencontrer la nouvelle reine. La salle était parfaitement déserte.
- Il y a quelqu’un ?
Sa voix se répercuta contre les sombres murs jusqu’à s’éteindre dans le néant. Soudain, une main agrippa l’épaule de Martin. Celui-ci poussa un cri de surprise et se retourna. Il failli crier une seconde fois. C’était une jeune femme en noir, sûrement une gothique. Ses cheveux étaient ténébreux, tout comme ses lèvres, sa robe et sa longue cape. Elle avait un petit anneau d’argent sur le haut d’une de ses oreilles, un colleir au ras du cou qui n’était qu’un simple lien de cuir ornée une pierre noire en forme de losange. Elle portait également à ses longs doigts deux ou trois bagues ornées de symboles, le tout en argent.
- Bonjour mon garçon, dit-elle d’une voix froide et pénétrante.
Telle une ombre, elle se glissa devant Martin.
- Vous m’avez fait peur ! dit celui-ci.
- Je sais, c’est volontaire…
- Qu’entendez vous par là ?
Elle fit virevolter sa cape pour en sortit par magie une grande faux à la lame luisante de reflets sanglants. Martin trembla en désignant l’instrument.
- Vous êtes la reine de la mort ?
Elle éclata d’un rire terrifiant…sadique.
- J’aimerais bien, pour tuer plein de monde, voir…ou plutôt faire couler le sang et entendre les cris derniers des mourants.
C’est vrai qu’elle était effrayante cette femme.
- Je ne me suis même présenté. Hémartire, je suis la reine de…la peur…
Elle le regarda sérieusement, avec un regard noir et profond, et un sourire sadique sur ses sombres lèvres.
- Et la pierre sacrée ? demanda martin.
- L’hématite. Belle pierre noire et brillante…
Elle prit entre ses doigts aux longs ongles, vernis en noirs, un pendentif parmi tant d’autres qu’elle portait à son cou. C’était, comme elle venait de le dire, une pierre ébène qui donnait des reflets de nacre, en forme de losange aux sommets pointus.
- La peur est surprenante, dit elle. Elle surgit, te prend à la gorge et enferme ton espoir et ton bonheur au fond d’une boîte inouvrable…en clair…la peur fait peur ! C’est pour cela que je l’aime.
- Comment aimer la peur ? demanda Martin qui trouvait ça impossible.
Elle fit tourner lentement sa faux entre ses doigts.
- Faut du temps… Tu te rendras compte que la peur est indispensable dans une vie, tout comme la mort…
Elle faisait de plus en plus peur cette femme ! Mais Martin devait rester là.
- Je n’essaie même pas de m’imaginer l’épreuve que je vais devoir subir.
Alors, Hémartire se remit à rire sadiquement.
- Tu vas souffrir, tu vas mourir de peur, et surtout pisser dans ton froc ! Je te préviens, ce truc, ce n’est pas pour les mauviettes.
Martin la regarda dans les yeux.
- Personne ne me traite de mauviette ! dit il.
- Calme toi mon garçon ! J’ai pas dit que t’étais une mauviette, du moins pas encore… c’est l’épreuve qui le montrera.
Martin grogna. Il m’aimait tout de même les moqueries, surtout lorsqu’elles n’avaient aucune justification.
- Alors ? Donnez la moi votre épreuve si difficile !
Elle leva un doigt au niveau de son menton, une lueur dangereuse dans ses yeux.
- Fais gaffe. Même les plus courageux n’y sont pas arrivés.
- Je ne suis pas un courageux comme les autres. C’est mon cœur qui l’est.
Alors, la reine le dévisagea d’un petit sourire peu rassurant aux lèvres.
- T’es un coriace toi, hein ? On verra bien si tu fais le malin plus longtemps…
D’un geste rapide, elle remonta sur sa tête en capuche noire qui cachait à présent son visage, ne laissant qu’un espace où l’on apercevait deux yeux noirs aux reflets écarlates.
- Tu vas prendre la porte, qui est à droite. Là commence le "tunnel de la peur"…dit-elle en mimant les guillemets avec ses doigts.
- Le "tunnel de la peur" ? demanda Martin. Qu’est ce que c’est que ça ?
- Laisse moi un peu le temps de t’expliquer…
Elle prit son inspiration.
- Ce tunnel va lire dans ton esprit ce qui te fait le plus trembler, et va le reproduire devant tes yeux.
Martin en trembla d’avance. L’idée de trouver un de ses amis ou pire, Virginie, mort, lui serait fatal. Il se rappela de ce que venait de lui dire Adiamanta :
Aujourd’hui, ton épreuve sera courte, certes, mais sûrement très douloureuse…- Durant tout le tunnel ? demanda-t-il.
- Exactement ! Le tunnel fait environ un bon kilomètre, et débouche par la porte de gauche, qui est juste là.
- Et…euh…on a le droit de fermer les yeux ?
Son rire froid, dur et désagréable éclata.
- Mauviette d’avance ? Je préfère te faire mourir de peur, ça me fera un bon spectacle ! Dommage qu’ici il n’y ai pas de pop corn, un parfait film d’épouvante pour rire à souhait, pour ma part je l’entends… !
Martin la regarda avec un regard de pitié. Cette femme était complètement folle…Faire mourir les gens intérieurement, elle n’aimait que ça. C’était un monstre parfait, mais pas plus moche que les Gorxs
eux-mêmes.
- Alors ? demanda-t-elle l’air dédaigneux. Qu’attends tu ? Que je te décapite ou que la neige tombe ?
- Je attendais votre permission qui est loin d’être comparable à de la neige…répondit Martin entre ses dents.
Hémartire lui désigna alors la porte de droite qui s’ouvrit d’elle-même. Martin s’en approcha. Il jeta un regard derrière lui, prit une grande inspiration et pénétra dans les ténébres du tunnel…