Les Zvaïs ne cessaient de le fixer du regard. Il se dirigea alors vers le grand marronnier, où habitait Narphaï. Il y entra. Le zvaï était assis dans son fauteuil, sûrement en train de rêvasser.
- Salut, fit Martin.
Narphaï se retourna et sourit en voyant Martin.
- Ca alors ! Je ne m’attendais pas à te voir ici !
Il se leva et serra la main de Martin.
- Je suis heureux de te revoir, dit Martin.
- Et moi donc !
Le Zvaï désigna la table du doigt.
- Viens manger ! Tu me parleras de toi durant le repas !
- Eleneï n’est pas ici ? demanda Martin.
- Non, répondit Narphaï qui était dans la cuisine en train de préparer le dîner. Elle est chez ses parents aujourd’hui…
Un peu plus tard, Narphaï apporta à table un plat dans lequel mijotait un rôti. Ils s’assirent sur leurs chaises.
- C’est du marcassin, dit alors le zvaï.
Martin renifla l’odeur de la viande, qui sentait délicieusement bon. Il découvrit que la viande était aussi bonne que le goût.
- Cela fait pas mal de temps que l’on ne s’est pas vu, commença Narphaï. Que s’est-il passé depuis ?
Alors, Martin raconta sa rencontre avec Charlène, la grande sœur de Narphaï et reine des 5 sens. Il lui dit aussi l’épreuve qu’il avait à accomplir à présent.
- Un objet qui représente le froid ? d’interrogea Narphaï en se grattant le cou avec son doigt.
- Oui, et sincèrement, je n’ai aucune idée…
- Je dois t’avouer que moi non plus…
Ils réfléchirent en silence durant une bonne dizaine de minutes.
- Je vais te proposer quelque chose, dit Narphaï brisant ainsi le silence qui régnait. Allons voir toutes les boutiques d’Aïtora. Comme cela, si jamais nous trouvons un objet qui te convient, nous l’achèterons.
- Je trouve que c’est la meilleure solution, approuva Martin.
- Et puis, comme cela, tu pourras visiter Aïtora. Tu verras, c’est magnifique, la nuit…
- Je n’en doute pas une seconde !
Ils se levèrent de table et sortirent par le bel escalier gravé. Dehors, des lampions bleus étaient accrochés dans les arbres. Ils marchèrent jusqu’au commencement de la rue commerciale, qui était bondée.
- Les magasins sont ouverts toute la nuit ? demanda Martin.
- Non, que jusqu’à la Sahaï, répondit Narphaï.
- La Sahaï ?
- C’est un phénomène nocturne. Chaque nuit, entre 22heures et 2 heures du matin, la lune passe au dessus d’Aïtora, et forme une ligne parfaite avec le Vanataï, autrement dit, l’arbre, ou plutôt, le chêne qui porte la salle du conseil.
Martin fit un signe de tête pour dire qu’il avait compris le système.
- Bon, déclara Narphaï. Nous allons nous séparer ici. Visites autant de boutiques que tu le veux. Si jamais, tu trouves quelque chose qui te semble intéressante pour ta quête, retrouves-moi à la taverne d’Ahïba Tornaïa, d’accord ?
- Aucun problème.
Sur ce, Narphaï le quitta. Martin leva alors la tête. Les écriteaux des magasins étaient tous écrits en langage zvaï, ce qui ne facilitait pas la tâche à Martin. Il se dirigea vers une première échoppe. C’était un tailleur. Des dizaines de robes différentes étaient exposées dans la vitrine, mais toutes étaient blanches. La deuxième était une bibliothèque, dont les couvertures des livres étaient tellement belles que Martin se demandait si ces choses étaient vraiment faites pour lire. Il y avait en troisième position une forgerie. Curieux, Martin y entra. C’était vide, sûrement à cause de la chaleur que dégageait le fourneau. Sur les murs étaient accrochés des fourreaux de différentes couleurs et de différentes formes. Mais Martin désirait voir les lames de plus près, de ses propres yeux.
- Place ! Place !
Un zvaï, qui semblait être plus âgé que les autres, avaient une épée en main. Ses ailes étaient attachées à sa taille par un cordon de cuir. Il mit la lame dans le feu et la sortit afin de la mettre sur l’enclume. Il prit son marteau et l’abattit sur l’épée en en faisant sortir des étincelles. Puis, il la plongea dans de l’eau, produisant le sifflement du chaud contre le froid. Il ressortit alors l’épée et Martin put alors l’observer. La lame indigo pastel luisait à la lumière que produisait le feu. Sa poignée, rosée, était très large. Et dans le pommeau était incrustée une pierre rouge.
- Qu’est ce qu’elle est belle ! s’exclama Martin.
Le forgeron, qui n’avait même pas remarquer la présence de Martin, se retourna.
- Eh oui ! J’en suis fier. La lame est presque indestructible tout en restant légère. La poignée est faite d’or rosé…
- D’or rosé ? demanda Martin.
- D’un alliage d’or, de cuivre et d’argent, mais avec une plus grande quantité de cuivre que d’argent.
Il leva l’épée au niveau des yeux.
- Le tout facilement maniable avec un parfait équilibre.
- Et la pierre ? demanda Martin en désignant la pierre rouge du doigt.
Le forgeron se retourna.
- J’ai promis à la personne qui me l’a commandé de ne rien dire de plus.
Il rangea l’épée dans son fourreau violet.
- Vous donnez des noms à vos épées ? demanda Martin.
- A quelques unes…Tiens ! Tu me donnes une idée, on va lui donner un nom… Malheureusement je n’ai pas beaucoup d’idées…
Martin se concentra.
- Une épée puissante, triomphante, tout en restant belle et gracieuse, telle la lune, murmura-t-il en songeant à Séléné.
Mais le forgeron l’avait entendu. Il tapa dans ses mains.
- Mais oui ! Nous l’appellerons « Lame de Lune ». C’est un excellent nom. Merci pour votre aide jeune homme.
Martin cligna des yeux d’étonnement.
- De rien !
Jetant un dernier coup d’œil aux fourreaux sur les murs, il sortit. La rue était toujours aussi bondée. Puis, une boutique attira son attention. C’était une poterie. Dans la vitrine étaient exposés des statuettes et des vases parfaitement peints, il se doutait qu’il y avait de la magie dessous. Il entra donc dans le magasin. Par rapport à la forgerie, il y avait quelques personnes dans l’échoppe. Au fond de la salle, une Daïgora modelait de l’argile entre ses doigts. Martin avait raison. Sur son front, une fluorine, pierre du pouvoir des couleurs. Le jeune homme se promenait donc dans les rayons. Soudain, il passa devant une magnifique statuette. C’était une Daïgora, nue, à genoux, soufflant dans sa main, comme si celle-ci contenait de la neige…de la neige…cela avait un rapport avec sa quête. Tout à coup, il eut son idée en tête. Il sortit de la boutique d’un pas rapide. Il fallait qu’il rejoigne Narphaï. Levant la tête, il lisait les écriteaux. Mais il ne regardait pas devant lui…
Soudain, il percuta quelqu’un de plein fouet. Un peu sonné, il se baissa pour voir la personne qu’il avait bousculée. C’était une Daïgora, assise par terre, se tenant le bras. Ses longs cheveux blonds aux reflets cuivrés cachaient son visage. Elle avait le physique d’une humaine de 16 ans environ.
- Aïe ! s’exclama celle-ci. Je crois que je suis tordu le poignet.
Martin était bouche bée. Il était totalement sous le charme de la voix de sa douce voix. Il s’agenouilla auprès d’elle.
- Attends, je vais te soigner ça.
Il mit sa main au dessus de son poignet de la zvaï, puis il concentra, afin d’utiliser son pouvoir de la santé. Elle, étonnée et rétablie, releva sa tête vers Martin lentement. Celui-ci fut encore plus émerveillé. Le regard des yeux bleus ciel de la Daïgora était encore plus ensorceleur que sa voix. Il était doux et léger. Ses lèvres rouge vif faisaient penser aux flammes dansant au dessus du bois qui brûlait. Sur son front, un cube doré, porté par deux délicats fils de cuivre. La zvaï semblait être aussi surprise que Martin. Ils restèrent ainsi, les yeux dans les yeux. Puis, Martin se leva et tendit sa main à la jeune Daïgora. Celle-ci l’attrapa et se leva à son tour. Puis, elle reprit sa route. Martin fit de même. Il se retourna pour l’admirer une dernière fois. Et revenant sur terre, il continua à chercher la taverne d’Ahïba Tornaïa. Celle-ci était au bout de la rue commerciale. Martin entra. Ici, les zvaï s’amusaient, ils chantaient et dansaient. Il repéra Narphaï en compagnie d’autres zvaïs. Lorsqu’il s’approcha, Narphaï lui dit :
- Ah Martin ! Te voilà donc !
Martin regarda du coin de l’œil les trois zvaïs assis près de Narphaï.
- Ah oui…déclara Narphaï. Faisons les présentations. Voici Jamaï, – il désigna du menton le premier, un zvaï aux sourcils broussailleux et aux cheveux foncés – Gernaï – montrant le second zvaï aux cheveux bleus – et voilà Tarmalgaï, aussi surnommé Rocentaï – en présentant le troisième aux cheveux blonds plus courts que la moyenne et à l’air coquin.
Ils avaient tous les trois le même âge que Narphaï.
- Pourquoi Rocentaï ? demanda Martin.
- Je suis le fils du sculpteur de Aïtora, répondit lui-même le zvaï concerné.
Martin fit un signe de tête.
- Narphaï tu pourrais venir voir, s’il te plait.
- Tu as trouvé ce qu’il te fallait. Allons y. Attendez moi ici.
Ils sortirent de la taverne.
- Je te suis, dit Narphaï.
Martin l’emmena jusqu’à la poterie et lui montra la statuette qui avait attirée son attention.
- Je ne vois pas trop le rapport…avoua Narphaï.
Martin lui murmura quelque chose à l’oreille et Narphaï comprit, il lui fit un clin d’œil. Ils achetèrent la statuette et sortirent du magasin. Martin se concentra, il allait utiliser un de ses premiers pouvoirs qu’il avait fort peu utilisé, alors que c’était le plus important de tous : celui de la pureté. La statuette n’était plus en argile, mais en une sorte de verre froid. La Daïgora semblait être figé éternellement dans de la glace.
- Là je vois le rapport, dit Narphaï.
Martin sourit, la statuette entre ses mains.
- Vas rejoindre tes amis…dit alors celui-ci. Je vais revenir un peu plus tard. Je te rejoindrai chez toi.
Le zvaï haussa les épaules.
- Pas de problème. A tout à l’heure.
Il reparti pour l’auberge. Martin sortit de la rue commerciale, afin d’avoir un peu de calme. Puis, soudain, le passe partout l’appela. Il se téléporta donc au Royaume du froid. Malheureusement, il atterrit sur la glace, glissa et s’étala par terre. Il entendit un petit rire. Turquoïsa arriva devant lui, effectuant un magnifique dérapage. Martin, vexé, se remit sur pieds en grognant. La statuette n’avait reçu aucun choc.
- Vous ne pouvez pas arrêter de geler le sol, non ?! s’énerva-t-il. Je n’y suis pas habitué, moi !
Malgré ce manque de respect, la reine sourit.
- En tout cas, ce qui est sûr, c’est que tu n’as pas peur d’exprimer tes opinions.
Elle fit un signe de l’index.
- Apportes moi l’objet.
Martin s’approcha, prudemment afin de ne pas retomber une seconde fois. Puis, il donna la statuette à Turquoïsa, qui se mit à la soupeser et à l’observer dans absolument tous les recoins, même les plus petits.
- J’accepte cet objet pour ton épreuve, dit-elle.
Martin, soulagé, soupira. Puis, à son plus grand étonnement, Turquoïsa brandit la statuette au dessus de sa tête, et la jeta de toutes ses forces contre le sol. Elle se brisa en milles morceaux.
- Mais ? Qu’avez-vous fait ?! s’écria Martin.
La reine du froid fit un clin d’œil à Martin. Tout à coup, une espèce de tremblement de terre se produit et secoua la salle dans tous les sens. Martin, debout sur le sol instable et sans accroches à portée de main, ne pu s’empêcher de tomber. Derrière Turquoïsa, la statuette de la Daïgora sortit du sol, mais elle était gigantesque. Martin était abasourdi. Puis Turquoïsa détacha la boucle d’oreille de gauche en turquoise. Martin se releva avec un grand effort afin de récupérer la pierre sacrée.
- Tiens, prends donc ceci. C’est la pierre sacrée du Royaume du froid.
Elle le lui donna et il le rangea dans sa poche. Puis, elle détacha l’autre boucle d’oreille, une réplique de la pierre sacrée en plus petite, une turquoise en forme de flocon de neige (Martin avait réussi à deviner ce qu’était cette drôle d’étoile).
- Cette pierre te donnera le pouvoir du froid et de la glace, mais ça tu t’en doutes sûrement.
Elle tendit la turquoise à Martin, qui, lorsqu’il la toucha, fut parcouru par l’habituel courant électrique, ce qui signifiait, qu’à présent, il détenait le pouvoir du froid, un pouvoir non sans force…
- Bien sûr, dit Turquoïsa, je suppose que ça te fait plaisir…
- De quoi ?
- Et bien…de détenir plein de pouvoirs, pardi ! Ca doit être excitant ! dit elle avec un sourire qui ne dissimulait pas son envie. Allez vas…
Elle repartit, sauta sur la glace, effectua une magnifique vrille en l’air, avant de ré atterrir en douceur sur la glace. Alors Martin prit le passe partout et se téléporta au Royaume de la pureté. Après avoir mis la pierre à sa bonne place dans le tableau sacré, il rejoint Adiamanta, assise dans un fauteuil de velours blanc. Elle l’invita à s’asseoir dans celui d’à côté, tout comme la première qu’il l’a vu.
- Cette épreuve ne t’a pas trop épuisée à ce que je vois, commença-t-elle.
- Heureusement ! Avec deux épreuves à la suite…
- Je voulais justement t’en parler.
Elle mit ses mains entre ses cuisses.
- Je te conseille de prendre beaucoup de forces, car les choses vont ses corser sérieusement.
- Que voulez vous dire par là ?
Elle haussa les épaules.
- Tes épreuves vont être de plus en plus périlleuses…
- Vous sous entendez mettre ma vie en danger ?!
- Tu l’as déjà fait, non ?
Martin grognait entre ses dents, ça lui faisait tout de même peur. Mais il se rassurait en pensant à ses pouvoirs.
- Je vais donc t’envoyer au prochain Royaume tout de suite.
Elle se leva de son fauteuil, Martin en fit de même. Elle lui fit signe de sortir son passe partout de sa poche. Il s’exécuta et le diamant émit de forts rayons de lumière orange, et la vent emporta Martin vers l’inconnu.