Martin ouvrit les yeux. Il y avait là, une femme assise sur un rocher, au bord du bassin où s’écoulait la source. Elle n’avait pas aperçue Martin, tapi dans l’ombre d’un arbre massif. Elle devait être âgée d’une vingtaine d’années. Ses cheveux ondulés, et blonds dorés, étaient voilés par un voile blanc qui traînait derrière elle. Son visage pâle exprimait la sérénité absolue. Ses lèvres étaient rouges tel de sang et la lune se reflétait dans ses yeux bleus. Elle était vêtue d’une longue robe blanche, semblable à celle que portent les mariées. Martin avait l’impression qu’il l’avait déjà vu quelque part, mais où… ?
Elle mit sa main dans l’eau. Et soudain, par on ne sait quelle magie, l’eau devint toute dorée. Sûrement avec le pouvoir de la couleur, mais elle n’était pas une zvaï. Le plus étonnant fut que l’eau s’éleva et se mit à tourner autour du poignet de la femme. Même avec le pouvoir de la lévitation, il était impossible de faire ça. Il ne pu se retenir d’un petit cri de surprise. Alors, la femme, déconcentrée, laissa tomber l’eau, qui redevint normal sur sa manche. Elle tourna sa tête en direction de Martin.
« - Bonsoir, dit-elle calmement.
- Bonsoir.
- Qui est tu pour venir ici à cette heure de la nuit ? lui demanda-t-elle.
- Je m’appelle Martin, répondit-il.
- Tu as nom puissant, Martin. Car il veut dire « guerrier ».
Elle caressa la surface de l’eau avec son doigt fin. Martin se leva et s’approcha.
- Et vous ? Qui êtes vous ?
- Moi ? Je suis Séléné.
- Et que signifie ce prénom ? demanda Martin comme elle lui avait demandé.
- J’ai de la chance, car il signifie « Lune d’Artémis ».
- Artémis ? Vous connaissez la mythologie grecque ?
- Oui, cher intermédiaire…
Martin écarquilla des yeux.
- Comment savez vous que…
- Je sais tout, l’interrompit Séléné.
Elle soupira en levant sa tête vers les astres nocturnes.
- Mais, dites moi si je me trompe, dit Martin à qui la question cessait de ne tourner dans sa tête, vous ai-je déjà vu quelque part ?
Elle regarda dans les yeux.
- Tutoies moi…C’est vrai…Tu as sûrement entendu parler de moi.
- Ah bon ?
- Oui, tout le monde me connaît dans le monde réel, mais sous un autre nom…
- Lequel ?
- Celui de la Dame Blanche.
Martin trembla. Comme tout le monde sait, enfin j’ose espérer, la Dame Blanche est une femme fantôme hantant le château de Montmorency les nuits de pleines lunes.
- Mais…commença Martin, qui ne comprenait pas comment elle a pu se retrouver dans le Royaume des Pierres.
- Je vais tout te raconter…Tout a commencé au XVème…et oui… je suis âgée de plusieurs centaines d’années. A l’époque, je m’appelais Mathilde Robin. J’étais amoureuse d’un certain Louis, et je devais me marier avec lui. Malheureusement, il est mort à la guerre, peu avant notre mariage. Folle de chagrin, j’ai revêtu ma robe de mariée et me suis jetée du haut d’une cascade. Mais au dernier moment, Diamande m’a sauvé, enfin, indirectement…
- Diamande ? demanda Martin.
- Une ancienne reine de la pureté. Or, la situation était la même que l’actuelle, les reines étaient séparées et j’étais à ta place, je suis une ancienne intermédiaire.
Martin soupira, il n’était pas seul dans ce monde.
- Mais pourquoi des gens racontent qu’ils te voient ?
- Je retourne parfois là où j’habitais. J’essaie de ne pas me faire remarquer, mais parfois…
Elle s’interrompit. Martin eut soudainement un « tilt ».
- C’est toi qui avais essayé de me contacter avant la dernière épreuve ! C’est à cause de toi que je suis tombé et…
Il n’eut le temps de finir sa phrase, une chouette blanche surgit des branches. C’était celle que Martin connaissait. Elle se posa sur l’épaule de Séléné. Celle-ci caressa son plumage avec son doigt.
- Cette chouette est la tienne ? demanda Martin de plus en plus étonné.
- Oui…Edelweiss est une chouette beaucoup plus intelligente que tu ne le crois.
- Elle a sauvé ma potion pour ma dernière épreuve.
- Evidemment, c’est moi qui l’aie envoyé.
- Mais comment…
Il n’arriva pas à finir sa phrase.
- Geï…geï fanataï ea valmalgaï…dit Séléné à sa chouette.
Celle-ci, ayant compris, s’envola d’un battement d’ailes.
- Tu parles le langage zvaï ? demanda Martin.
- Bien sûr, je sais beaucoup de choses. Grâce à ma longue vie et à mon ancien rôle d’intermédiaire, je détiens de nombreux pouvoirs et, avant tout, un grand savoir, plus étendu encore que celui d’Adiamanta.
- Comment puis je te croire ?
Séléné sourit.
- Adiamanta connaît-elle bien les folways ?
- Non ! Tu sais quelque chose sur eux ?!
- Beaucoup de choses…
- Racontes moi !
Il s’assit près d’elle, sur un rocher. Martin apprit ainsi que les Folways avaient été en fait des zvaïs. Mais, par on ne sait quel maléfice, deux couples de zvaïs revinrent de la chasse sans leurs ailes, leur peau noir tel du jais et leur cheveux blancs de neige. Le peuple des Zvaïs, croyant à une malédiction, les chassa. Au bout de quelques siècle, les Folways furent crées. Ils vivaient dans les nuages, pour but de se mettre à l’abri des Zvaïs, qui les prenaient comme une race impure. Ils délaissèrent la magie pour les potions, et, vivants sous le ciel, proprement dit, ils consacraient leurs nuits à l’observation des astres, qu’ils adorent.
- Voilà, je t’ai tout dis, conclut Séléné.
- C’est passionnant, avoua Martin. C’est pour cela qu’ils ne sont pas très sociables. Ils ont peurs qu’on les rejette une seconde fois…
- Il est vrai que les Folways forment un peuple bien particulier…
Edelweiss revint, perçant le ciel noir de son plumage blanc de neige. Elle tenait dans son bec une souris morte. Elle atterrit sur une roche près de Séléné et commença à dévorer sa proie.
- Comment as-tu réussi à apprivoiser une chouette ? demanda Martin, curieux.
- Lorsque je me suis jetée du haut de la cascade, Edelweiss est venue à mon secours. Grâce à une force immense et inconnue, elle m’a attrapée avec ses serres au moment où j’allais toucher la surface de l’eau, et m’a emmené à Diamande.
Martin désigna la chouette du doigt.
- Et pour le langage zvaï…elle te comprend ?
- Elle est ce que je suis. Edelweiss a appris le langage zvaï parce que je l’apprenais. Je lui ai même appris à parler mentalement. Malheureusement, que en zvaï.
Edelweiss, qui avait terminé son repas, pinça amicalement la main de Séléné. Celle-ci la prit délicatement par les pattes, et la déposa sur son épaule.
- Tout à l’heure, tu m’avais dit que tu étais ancienne intermédiaire. Mais tu avais réussi toutes les épreuves.
- Oui, bien heureusement.
- Tu as donc tous les pouvoirs ? Les 22 ?
- Tous.
- Même celui du destin ? demanda Martin qui cherchait la petite bête. On n’a pas voulu me le donner.
- Oui, même celui du destin…mais je l’ai regretté, ne me demande pas pourquoi…
- Et quels sont les autres pouvoirs ?
Elle le dévisagea, un sourire aux lèvres.
- Ca, tu le découvriras toi-même.
- Et pourquoi es tu là ? Tu aurais pu être l’intermédiaire d’aujourd’hui vu les pouvoirs que tu détiens.
- Personne ne sais que j’existe…je suis tombée dans l’oubli. Sauf pour Edelweiss.
La chouette, qui comprit que l’on parlait d’elle, hulula.
- Tu es sûrement là pour une épreuve…
Martin se tapa le front, il avait perdu un précieux temps pour son épreuve.
- Mince !
- Sur quoi est-elle basée ?
- Sur la jalousie…Je dois méditer sue la question : qu’est ce qu’est la jalousie ?
Séléné caressa docilement sa chouette, qui semblait écouter la conversation.
- Je vais te le dire…si tu promets de ne pas dévoiler mon existence.
Martin se leva et jura.
- La jalousie est un sentiment après tout. Un sentiment de dépit, mélangé à une forte envie, dû à ce qu’un autre est ou possède et que l’on aimerait avoir. Mais, la jalousie est parfois une grande preuve d’attachement à la chose ou à la personne jalousée. Par exemple, le fait que Rumébia soit extrêmement jalouse de la fille montre qu’elle aimait véritablement le garçon. La jalousie est pour elle le seul moyen de montrer ses sentiments aux autres.
- Comment connais tu l’histoire de Rumébia ?
- Je sais tout, dit-elle en lui faisant un clin d’œil.
Martin avait une question. Il n’hésita pas à la poser.
- Mais c’est bizarre, tout de même… Le rubis, une pierre si précieuse, qui soit accordé à la jalousie.
- Pour que tu puisses mieux comprendre, je vais te raconter l’histoire du Royaume des Pierres et des pierres sacrées. Au tout départ, comme tu le sais, il y a eu le bing bang. Or, durant cet évènement, les 22 pierres sacrées ont été créées, toutes ne répondant qu’à un symbole. Puis, la Terre se forma et les pierres tombèrent dessus, produisant ainsi un monde parallèle. Plus tard, l’Homme est apparu sur Terre. Les pierres sacrées se sont montrées à certaines femmes, qui se sont retrouvées dans le Royaume des Pierres. Mais, ce que peu de personnes savent, c’est que les pierres sacrées sont comme les arbres, elles vivent. Un lien mental existe entre la reine et sa pierre. A la fin, toutes les pierres avaient trouvé une reine, qui changeait de temps en temps. Sauf une, le rubis. Longtemps, les reines ont cherchés à découvrir le symbole qu’il renfermait. Elles l’ont présentées à beaucoup de femmes, sans succès… Tout s’est passé dans le hasard. Adiamanta avait amené Jeanne – le véritable nom de Rumébia – au Royaume des Pierres. Et puis, quand elle l’a emmené devant le tableau sacré, le rubis s’est mis à briller de tout son éclat, tel ton passe partout lorsqu’il t’appelle. Alors, Adiamanta a compris le sentiment que cette pierre sacrée cachait et elle a attribué le trône à Rumébia, avec son accord. Lorsque moi, j’étais intermédiaire, on m’avait donné la pierre de pouvoir de la jalousie, sans savoir de quoi il s’agissait.
- C’est extraordinaire, s’exclama Martin qui n’avait pas perdu un mot de ce que disait Séléné.
Puis le passe partout appela Martin, celui-ci le sortit de sa poche. Séléné observait le gros diamant avec nostalgie.
- Je vois que tu as gardé mon passe partout…murmura-t-elle. Que de souvenirs…
Il y eut un silence, brisé par le hululement d’Edelweiss.
- Vas Martin…Que la chance t’accompagne dans tes quêtes…
- Je reviendrais te voir, promit-il.
- Je n’en attends pas moins.»
Martin fut emmené au Royaume de la jalousie. Rumébia, assise dans un siège de velours rouge.
«- J’ai trouvé ce qu’est la jalousie.
- Dis moi donc un peu…
Martin récita donc la définition de Séléné, en changeant quelque peu. Alors, Rumébia, satisfaite, se leva.
- Je vois que ta méditation que a porté ses fruits. Je t’en félicite…
Elle s’approcha de lui doucement. Martin pu alors la voir de plus près. Elle dégageait une merveilleuse odeur de vanille et sa souffrance interne se voyait dans ses yeux bleus-gris. Elle détacha délicatement le rubis en forme de drôle d’étoile et la donna à Martin.
- Tiens, prends. Ceci est la pierre que tu es venu chercher.
Martin la prit avec plus de soin que les autres, sachant à présent que les pierres sacrées étaient vivantes, et la mit dans sa poche. Puis Rumébia fit apparaître un autre rubis de derrière son éventail.
- Ceci est la pierre de pouvoir, même… si elle n’a pas de pouvoir ! La jalousie est plutôt symbolique, car elle existe sur la Terre. Ce rubis te fera juste un souvenir.
- Merci…
La reine rougit.
- On ne m’a pas remercié souvent, tu sais… mais vas sans tarder remettre la pierre à son emplacement d’origine.»
Et après avoir mis la pierre de pouvoir dans sa poche, Martin se téléporta au Royaume de la pureté. Adiamanta lui sauta dessus lorsqu’il arriva.
«- Ca va ? Tu n’es pas blessé ? demanda-t-elle inquiète.
- Non…
Elle soupira de soulagement.
- Je craignais qu’il t’arrive malheur. Ce n’est pas entièrement de la faute de Rumébia. Elle souffre en fait…
-…d’une double personnalité, finit Martin en repensant à la voix de la reine, et qu’il avait failli finir découpé en rondelles.
- C’est ça… Mais l’important est que tu aies récupéré la pierre sacrée. Et ça, c’est une bonne nouvelle.
Martin alla au tableau sacré afin de mettre la pierre à sa place. Puis il revint vers Adiamanta.
- J’ai une question, dit-il.
- Vas y…
- Pourquoi les reines ont-elles un nom en rapport avec leur pierre symbolique ?
- Encore une histoire de symbolisme, répondit-elle. Dès qu’une reine monte sur le trône, elle doit choisir un nom en rapport avec sa pierre. C’est obligatoire…»
Quelques minutes plus tard, il fut de retour c’est lui. Il monta les escaliers et ouvrit la porte de sa chambre, dont il prit bien soin de la refermer après y être entré. Il ouvrit son tiroir et prit avec soin la boîte noire cachée tout au fond. Martin s’assit en tailleur sur le parquet et la déposa sur ses genoux. Il ne pu s’empêcher un regard d’émerveillement devant toutes les pierres de pouvoirs qu’il avait remporté. Il y rajouta la pierre de la jalousie.