Lorsqu’il le prononça, ses pieds se détachèrent du sol. Une puissante force invisible semblait le soulever vers le nuage bleu, accroché au sommet de la montagne. Lorsqu’il passa sa tête à travers, il crut être tomber une seconde fois sur la nuque. Puis, il s’arrêta de s’élever. Autour de lui, cinq créatures humanoïdes marchant sur le nuage, le regardant avec un air méfiant. Elles devaient mesurer environ 2 mètres, et leur peau noire de jais contrastait avec leur chevelure blanche comme de la neige. Elles étaient vêtues de cape aussi noires que leur peau. Avec de l’imagination, on aurait pu évoquer les zvaïs. Ces créatures entouraient donc Martin, surpris. Celui-ci était immobilisé, sûrement par deux des créatures qui ne cessaient de le fixer. Les trois autres braquaient leur arc noir et luisant. Un premier, avec un air soupçonneux, s’avança vers Martin.
« - Qui es tu donc ? dit il d’une voix grave. Aucun humain n’a mis pied ici.
Le pouvoir d’immobilisation commença à le serrer de plus en plus fort. Mais l’esprit de Martin luttait, puis, comme il fut plus puissant que celui des créatures, il se libéra du sort et atterrit sur le nuage.
- Je ne suis pas un humain comme les autres ! répondit il.
Les créatures aux arcs se méfièrent de plus belle et se rapprochèrent. Celle qui avait questionné Martin ordonna aux autres, dans une langue encore plus compliqué que celle des zvaïs, de rabaisser leurs arcs.
- Tu es sûrement le jeune homme dont parle tout le monde…
- Qui êtes vous ? demanda Martin.
La créature fit un signe aux autres qui s’en allèrent.
- Nous sommes les folways, répondit-il avec un air d’indifférence. A moi de te poser une question… Pourquoi est-tu venu ici … ?
- Quelqu’un m’a envoyé ici pour fabriquer une potion de soins…
Le folway se retourna.
- Suis moi…
C’est ce que fit Martin.
- Il est certes vrai que les folways sont spécialisés dans les potions.
« C’est pour cela que Sacroïne m’a envoyée ici, pensa Martin, elle savait que ça allait faciliter mon épreuve… »
- Et vous…qui êtes vous ? demanda Martin.
- Mon nom est Orion.
- Orion ? Ce n’est pas un nom de constellation ça ?
- En outre les potions, nous pratiquons l’astronomie. Chaque folway porte un nom ayant un rapport avec le ciel nocturne et ses astres.
Orion continua à marcher lentement dans les nuages, Martin sur ses pas. Puis, se dressa devant eux un grand nuage conique, qu’Orion traversa. Martin entra, vérifiant bien que le nuage n’était pas solide. Il se trouvait que l’intérieur était aménagé. Des centaines d’étagères recouvraient les murs. Dessus étaient disposés de nombreux flacons et bocaux, qui contenaient de tout, mais en particulier des plantes séchées.
- Quel est cet endroit ? demanda Martin.
- C’est des salles où nous réalisons nos potions.
Au milieu de la pièce ronde était posé une marmite qui semblait être enfoncée dans le sol-nuage.
- Tu disais potion de soins c’est bien cela…dit Orion en regardant une grosse rangée de grimoires rangés sur une étagère.
Martin affirma d’un signe de tête. Alors, Orion prit un gros grimoire à la couverture noire et poussiéreuse.
- Mais où trouvez vous toutes ces plantes ? demanda Martin en observant un bocal dans lequel était renfermé du laurier. Elles ne poussent tout de même pas dans les nuages...?
- Nous descendons dans le Royaume, répondit Orion en feuilletant le grimoire. C’est dangereux. Personne ne doit être au courant de notre existence. En particulier les zvaïs…
- Pourquoi donc les zvaïs ?
Le folway ne répondit pas. Ayant trouvé la page, il s’avança vers Martin. Cependant, il ne lui donna pas le grimoire.
- Je veux que tu me promettes que tu ne dévoileras notre existence à personne.
- Je t’en donne ma parole.
Alors, sans aucune expression satisfaite, Orion mit le grimoire dans les mains de Martin. Celui-ci était lourd. Le folway se retourna et s’apprêtait à s’en aller quand Martin lui demanda pourquoi il ne restait pas pour l’aider.
- C’est ta potion, railla-t-il. Débrouilles toi tout seul.
Puis il sortit de la pièce nuage en faisant virevolter sa grande cape noire. Les folways ne semblaient pas être des êtres très sociables. Martin commença à lire la page du grimoire. Orion lui avait donné un livre écrit dans sa langue. Le nuage devait être magique, car l’intérieur de la marmite était chaud, alors qu’il n’y avait aucun feu.
« Alors… quatre litres d’eau… » lit Martin.
Il chercha un robinet, mais n’en trouva pas. Mais il eut une idée… Il fit déplacer un bout de nuage et en fit sortir de l’eau. Il réussit à en prendre assez et la versa dans la marmite.
« Deux poignées de Laïbotara…mais qu’est ce c’est que ça ?! »
Il chercha dans les bocaux. Par chance, le nom des plantes était écrit sur des étiquettes jaunies, collées dessus. Le Laïbotata était une plante à feuilles bleuies. Martin se croyait être un sorcier. Deux heures plus tard, après avoir suivi la préparation à la lettre, la potion avait un aspect visqueux, elle était bleu clair aux reflets nacrés.
« Bon… en espérant qu’elle soit réussie… »
Il prit un flacon vide, entreposé sur un étagère, et le remplit de la solution, le bouchonnant avec un grossier bouchon de liège. Il sortit donc du nuage. Orion, qui était là, s’approcha de lui.
- Tu as ta potion ? Bien… Retournes dans le Royaume, tu n’as plus rien à faire ici. »
Martin se mit là où il était arrivé et prononça le mot de passe. Il chuta sur des centaines de mètres, heureusement, son atterrissage fut ralenti. Il poussa un soupir de soulagement et regarda sa fiole qui contenait la potion de soins, fier de lui. Lorsqu’il sortit du signe gravé dans la pierre, il trébucha sur un gros rocher. Il tomba sur le genou, ce qui lui valut un cri, et la fiole s’échappa de sa main. La douleur de Martin l’empêchait de se concentrer afin d’utiliser le pouvoir de la lévitation. Le flacon allait se briser par terre, lorsque, soudain, une chouette blanche, qui avait surgie de nulle part, happa de justesse la fiole avec sa serre. C’était la même chouette que Martin avait vu à Aïtora, durant l’épreuve où il devait récupérer une larme de zvaï. Elle atterit sur l’épaule de Martin, qui était accroupi. Un peu perdu, il reprit la fiole en remerciant le volatile. Celui-ci s’envola dans le ciel sombre du soir. Le vent soufflait dans les cheveux de Martin. De nombreuses questions lui traversèrent l’esprit, mais dispersées par l’appel du passe partout. Il le sortit de sa poche et se téléporta au royaume de la santé.
Lorsque ses pieds touchèrent le sol, il s’affaissa sur le sol, sa blessure au genou lui faisant mal. Sacroïne, qui était là, riait.
«- Hihi ! A chaque fois que tu arrives ici, je te trouve à terre !
Martin grogna. Puis, Sacroïne se pencha et lui donna quelque chose. Il la prit et il se guérit avec la simple force de son esprit. Elle lui avait donné, bien sûr, la pierre de pouvoir afin qu’il puisse se soigner tout seul. Martin se releva et mit la crocoïte rouge en forme de croix dans sa poche.
- Alors ? Cette potion ?
Martin lui donna le flacon, légèrement rayée.
- Elle a l’air bien préparée, dit Sacroïne. Je t’accorde donc la pierre sacrée.
Après avoir rangé le flacon, elle détacha son pendentif de son écharpe.
- Voilà pour Adiamanta. Elle en sera heureuse.
- J’espère bien ! »
Sacroïne sourit en lui donnant la pierre. Après avoir fait ses aux revoirs, Martin partit donc pour le Royaume de la pureté. Adiamanta, n’étant pas encore là, il alla mettre le crocoïte dans le tableau sacré. Lorsqu’il sortit de la salle, la reine était revenue.
« - Je ne t’avais pas vu avant l’épreuve ! Tu avais fait une grosse chute ! dit celle-ci.
- C’est du passé, grommela Martin, qui ne voulait pas revenir dessus.
Adiamanta eut un air d’amusement.
- Pourquoi les folways sont ils aussi antipathiques ? demanda Martin.
- Je n’en sais pas plus que toi…répondit elle en haussant les épaules, je ne les connais pas, donc je ne peux pas t’aider...
- Ce n’est pas grave… »
Lorsqu’il revint dans le monde réel, après avoir discuté avec Adiamanta, il se retrouva en bas de l’escalier où il était tombé. Sa mère, qui ne s’était apercue de rien, continuait à l’appeler.
« - Ha la la…soupira Martin, qu’est ce que les gens sont naïfs ! »