Chapitre 12
L'habilité du chat
« Pourquoi ça ne marche pas !?! »
Depuis quelques temps, Martin doutait de ses pouvoirs, car ils ne fonctionnaient pas tout le temps. Un jour, il avait voulu tricher à un contrôle en arrêtant le temps et se glisser dans sa classe afin de pouvoir regarder son cours. Mais, ça n’avait pas marché.
« - Qu’est ce qui t’arrive ? demanda ce jour-là Jérôme.
Martin fit semblant d’être étonné.
- Bah… rien, mentit-il. Pourquoi cette question ?
- Tu avais un drôle de comportement durant le contrôle, dit Simon.
- C’était bizarre…Tu fermais les yeux et ton front se plissait horriblement, ajouta Victor.
- On aurait dit une sorte de yoga, dit Kevin. Si, dans quatre jours, tu n’es pas ridé comme ma grand-mère, je me mets au bouddhisme !
Ils rirent, sauf Martin qui ne riait pas comme il l’aurait voulu. Devait-il leur dire la vérité ? Leur dévoiler l’existence du Royaume des Pierres ? De son rôle ? Il pesa le pour et le contre, et jugea bon de leur dire. Il retint sa respiration.
- Ecoutez bien...commença-t-il. J’ai quelque chose à vous avouer.
Ses amis le regardèrent, attendant la suite. Martin allait continuer sa phrase, lorsque le passe partout s’illumina dans sa poche. Il trembla et dit à ses amis :
- Euh…trois secondes… j’ai oublié…quelque chose en classe ! »
Il courut, il sentit le regard interrogé de ses copains sur son dos. Dès qu’il fut à l’abri des regards indiscrets, Martin se téléporta au Royaume de la pureté.
« - Tu ne devrais pas leur dire, Martin, dit Adiamanta lorsque Martin arriva dans la salle de diamant. En tout cas, pas maintenant…
- Pas maintenant ? demanda-t-il étonné. Vous avez tout de même l’intention de leur avouer tout ?
- Lorsque le moment sera venu…
Martin doutait. En quoi Jérôme, Simon, Victor et Kevin intéressaient-ils Adiamanta ?
- Si vous le dites…
La reine sourit.
- Bon ! Je dois te donner quelques conseils avant que tu ne partes pour ta prochaine épreuve.
Elle fit quelques pas, la mine haute, comme à son habitude.
- Après la tâche qui va suivre, tu vas avoir une tout autre perception de l’environnement.
- Que voulez-vous dire par là ? demanda Martin, une pointe d’inquiétude dans sa voix.
- Ai-je rajouté que cela te fera du mal ? »
Martin baissa la tête. Adiamanta pointa son index sur le passe partout, d’où sortit des rayons de lumières orange. La salle dans laquelle atterrit Martin était de la même couleur, accompagné de marron qui frappait l’œil. Une femme était debout, retournée, au fond de la salle.
- Bienvenue.
Martin n’avait, pourtant, rien dit. Il cligna des yeux de surprise. Ce timbre…Cette voix…Il hésitait sur l’origine de cette femme mystérieuse. Tout à coup, son idée se confirma, car de grandes ailes beiges se déployèrent de derrière sa cape rouge. C’était donc une Zvaï, mais elle était différente. Elle se retourna. Ses cheveux orange vif et biqués, lui arrivaient au niveau du menton. Deux grosses mèches de sa chevelure, qui étaient beaucoup plus longues que les autres, lui cachaient à moitié ses grandes oreilles recourbées vers l’avant. Ses yeux en amande étaient d’un bleu cobalt, qui faisait trop bleu ! Sa poitrine était vêtue d’un cache-cœur orange clair. Sa jupe, ouvert à partir des genoux, était de la même couleur. A son front, deux fils de cuivre torsadés supportaient le poids d’une pierre ovale dont la bande de réfraction ne cessait de bouger de gauche à droite.
- Cette pierre s’appelle l’œil de chat, dit-elle en voyant que Martin le fixait du regard depuis quelques secondes.
- Œil de chat ?
- Oui. Car elle ressemble véritablement à l’œil de ce félin. D’ailleurs, ce reflet est nommé « chatoiement ».
- Que de chats dis donc !
La Daïgora sourit.
- Je suis Charlène, fille de Balbeï…
- Fille de Balbeï ? l’interrompit Martin. Tu ne connaîtrais pas un Narphaï, par hasard ?
Elle fronça les sourcils.
- Attends un peu que je finisse ma présentation !
Martin baissa la tête, confus.
- Je suis la reine du Royaume des 5 sens, symbolisé donc par l’Oeil de chat, finit-elle.
- Ahaïa az toï monaïtaï, dit Martin à la manière zvaï.
Charlène fit de même.
- Tu voulais donc savoir ? Oui…Narphaï…
- Donc, vous le connaissez bien !
- Bien sûr, c’est mon petit frère, même si j’ai 29 années de plus que lui…
Martin ouvrit grand les yeux.
- 29 ans ? dit il effaré. Mais c’est énorme !
- Emettrais tu le détail de la longévité des Zvaïs ?
Elle le dévisagea.
- Et vous êtes beaucoup de Zvaïs à être reines ?
- J’allais y venir…J’ai également une sœur jumelle, nommée Epérite. Elle est aussi une reine.
- Donc vous êtes deux, conclua Martin.
- Exactement… Tous les 100 ans, deux sœurs jumelles ayant été choisies par les deux pierres du Royaumes des 5 se succèdent sur les trônes.
- Les Royaumes des 5 ?
- Le 5 est le nombre fétiche des Zvaï. Il y a le trône des 5 sens et celui des 5…
Elle s’interrompit brusquement. Elle leva les yeux au plafond et se pince les lèvres, sans tout de même laisser échapper un sourire sur ses lèvres couleur cuivre.
- Tu le verras…
- Je commence à en avoir marre ! s’énerva Martin. Tout le monde me dit « tu verras…tu découvriras… » Je veux tout savoir, moi !
Elle le regarda avec un air de compassion.
- Je sais…mais il vaut mieux ne pas tout te sortir d’un coup…tu doit découvrir petit à petit…
Elle s’arrêta de parler. Charlène étendit ses bras, ses ailes suivant le mouvement, ce qui la rendait encore plus impressionnante.
- Cette salle est l’une des dizaines qui constitue mon palais…
- Palais ? Mais où est-il placé ?
- C’est une bonne question Martin. Il est dans le Royaume des Pierres, mais il est invisible depuis notre dispute. Et j’espère qu’il sera de nouveau visible quand tu auras réuni les 22 pierres.
- Il faut d’abord que j’y réussisse !
Elle soupira.
- Je vais donc te dire ton épreuve, reprit-t-elle. Elle se passera dans le palais. Je vais te téléporter dans une des salles du palais et tu devras en traverser d’autres pour arriver jusqu’à moi. Mais attention ! Chaque salle va t’évaluer sur tes cinq sens.
- Je vais donc devoir traverser 5 salles, chaque une d’elle portant comme thème un des sens ?
- C’est exact. Et fais attention à toi.
Le passe partout s’illumina et emmena Martin dans une des salles du palais. La pièce était tellement sombre que le jeune homme n’y voyait rien, mise à part une lueur lointaine qui devait être la sortie.
« Bienvenue dans la salle sur le sens de la vue ! Attention aux pièges ! » résonna une voix qui était celle de Charlène.
Prévenu, Martin avança lentement afin de ne pas tomber dans les leurres. Tout à coup, il fit un pas dans le vide, c’était un trou. Il allait tomber dedans, il n’avait plus qu’une solution. Avec son autre jambe, il se propulsa pour sauter au dessus de trou. Il espérait de tout cœur que celui-ci n’était pas trop large. Son vœu se réalisa, il atterrit de l’autre côté de la fosse. Il soupira et se releva. Il redoubla donc de prudence. Soudain, il entendit un « clic ». Rapidement, il recula de deux pas. Une flèche lui frôla le nez. Il avait sûrement dût déclancher un piège. Martin se calma, et n’essaya pas d’imaginer ce qui aurait pût lui arriver. Quelques minutes plus tard, et après quelques pièges évités de justesse, Martin atteignit enfin la sortie de la pièce plongée dans l’obscurité.
Il arriva dans une autre salle, mais Martin la connaissait déjà, enfin, il en avait déjà vu ailleurs. C’était un labyrinthe de glaces.
« Cette salle est celle de l’odeur. Suis le parfum, il t’aidera à trouver la sortie. Attention, si tu t’éloignes trop de la sortie, tu seras perdu, et tu auras moins de chance de sortir. »
Martin renifla donc l’air. Il était vrai qu’il régnait une légère odeur de menthe. C’était certes agréable, mais Martin ne se déconcentra pas. Il pénétra dans le labyrinthe. En face de lui, des dizaines de reflets de son image. Un coup même, il se prit un des miroirs, se qui lui infligea une grosse bosse, qu’il fit disparaître grâce à son pouvoir de soin. Il arriva à une intersection. Il ferma les yeux, afin de mieux se concentrer. L’odeur... elle venait de gauche…Martin tourna donc, confiant et décidé. Plusieurs fois, il se crut perdu, ne trouvant plus de passages, où ayant perdu la trace du parfum. Heureusement, il arrivait à la retrouver peu après. Au bout d’une vingtaine de minutes, il atteignit enfin la sortie du labyrinthe. Il entra donc dans la salle suivante.
Lorsque son regard balaya la pièce, il fut rapidement écoeuré. Il y avait là des centaines de tas blanchâtre, certains dégageant une odeur nauséabonde. En haut de chaque tas, une clef.
« Et oui, c’est la salle du goût. Chaque tas à une saveur particulière, ne crois pas en leur parfum trompeur. Il faut que tu prennes la clef de l’amas au goût de banane. Sans cette clef, il te sera impossible d’ouvrir la prochaine afin d’accéder à la prochaine pièce. Si tu n’introduis pas la bonne clef, ça risque de mal se passer. »
Martin se dirigea vers la porte de l’autre côté. Elle était verrouillée. Martin se retourna et soupira. Il y avait là des dizaines de tas, qui n’avait guère pas l’allure appétissante. A contre cœur, il s’approcha d’un premier tas et trempa son doigt dedans, qu’il suça. De la vanille ! Qu’est ce que c’est bon ! Mais Martin devait goûter aussi les autres tas. Il n’en devinait malheureusement pas la moitié. Mais il avait tout de même repérer la noix de coco, la menthe, l’endive, le cacao et d’autres. Néanmoins, aucune trace de banane. Peut-être l’avait-il déjà passé et il ne s’était pas rendu compte ? Il continua quand même. Après avoir goûté environ 50 parfums différant, il n’avait toujours pas décelé la moindre trace de banane. Il avait sûrement dût la passer. Il regoûta donc. Soudain, il reconnut le goût du fruit sucré. Sans hésitation, il se saisit de la clef de fer. Il la rentra dans la serrure, et d’un cliquetis ouvrit la porte épaisse en bois.
Il sortit de la pièce, avec tout de même un grand soulagement. C’était un long couloir, éclairé par des torches. Tout au long, il y avait des dizaines de portes.
« Voici la pièce de l’ouïe, enfin…le couloir de l’ouïe ! Je vais t’aveugler durant un moment, et tu vas devoir choisir la porte grâce au son que je vais produire temporellement. Mais, si ce n’est pas la bonne porte, tu risques d’avoir de mauvaises surprises. »
Soudain, Martin ne vit plus rien. Surpris, il se frotta les paupières. Il n’y était pas habitué. Tout à coup, il se figea. Son oreille percevait un chant… mais pas n’importe lequel…celui-ci était mélodieux tout en étant saisissant.
« …je vais produire un son… »se rappella-t-il.
C’était donc Charlène qui chantait…Il regretta tout à coup de n’avoir pas entendu ce chant plus tôt. Il se laissa bercer quelques secondes par la mélodie avant de reprendre ses esprits. Quelle porte ? Martin se laissa aller, il ne contrôlait presque plus son corps. La chanson accompagnait ses pas langoureux. Suivant son instinct, il ouvrit la porte qu’il pensait être la bonne. Il ne se retourna pas, et entra, confiant. Sa vue se remit en route. Il avait ouvert la bonne porte.