Chapitre 11
Larmes d'argent
« Enfin un vrai temps de printemps ! »
Il était vrai qu’il faisait plutôt bon pour une matinée d’avril. Les oiseaux chantaient de douces mélodies, et le vent caressait l’herbe, recouverte de fines gouttelettes de rosée fraîche. C’est ce qu’aimait Martin, à sa fenêtre, qui respirait par grandes bouffées l’air rafraîchi, ça lui faisait beaucoup de bien. Pour lui, il n’y avait rien de plus merveilleux que la nature sauvage qui l’entourait. Il soupira et prit son sac d’un geste rapide. Lorsqu’il arriva au lycée, Jérôme lui sauta dessus, suivit des autres.
« - C’est horrible Martin ! dit celui-ci.
- C’est terriblement dommage ! ajouta Victor, les mains dans ses poches de jean.
- C’est vraiment dommage ! rajouta Simon.
- C’est…con pour toi ! dit Kevin en haussant les épaules.
Martin fronça les sourcils, il ne comprenait rien.
- Mais enfin ! Que se passe-t-il ?
Ses amis semblèrent gênés, sauf Kevin, qui s’avança vers lui.
- Bah, c’est juste que la « beauté » va s’en aller.
- Pourrais-tu être un peu plus clair, s’il te plait ! dit Martin, qui n’avait toujours pas saisi l’histoire.
- Simplement que Virginie va bientôt déménager.
-
L’esprit si joyeux de Martin s’écroule d’un coup.
- Quoi !? Tu dis « simplement » !!!? cria-t-il en colère.
Il poussa Kevin d’un coup d’épaule rageur et se dirigea vers Virginie, furieux de cette nouvelle.
- Peux-tu m’expliquer la situation ?! cria-il, fulminant.
Elle rougit, embarrassée.
- Tu vois…mes parents ont décidé de déménager…
- Pour quelle raison ? Tu peux me le dire ?
Elle baissa la tête, confuse.
- Je n’en sais rien…avoua-t-elle à voix basse.
- Comme ça ! Hop, on déménage et puis voilà !
- Ce n’est pas de ma faute ! Je ne peux pas les contredire ! s’énerva-t-elle.
Il baissa la tête. Le pouvoir du calme ne suffisait pas à Martin. Son cœur se serra dans sa poitrine. Elle l’avait plongé dans une tristesse, où il avait beau se débattre, il s’enfonçait davantage. Virginie le sentait. Elle lui prit délicatement sa main et plongea le regard de ses yeux vert émeraude dans celui des iris bleus de Martin.
- Ne t’inquiètes pas, murmura-t-elle doucement d’une voix délicate. Il nous reste un peu plus de deux mois.
Il n’arriva pas à répondre, se contentant d’un petit signe de tête. Soudain, il ressentit l’appel du passe partout.
- Euh…je crois que l’on m’appelle, mentit-il.
Il lâcha la main de Virginie, surprise de sa réaction. Se cachant derrière un arbre massif, il se téléporta au Royaume de la pureté. Adiamanta avait l’air beaucoup plus heureuse que la dernière fois, mais Martin n’en connaissait pas la raison.
« - Au fait, dit celle-ci, je ne t’avais pas demandé, comment s’était passé ta rencontre avec les Zvaïs ?
- Très bien, répondit-il sincèrement. J’ai rencontré un jeune Zvaï du nom de Narphaï.
- Ah oui… Narphaï…
- Vous le connaissez ?
- Bien sûr !
Elle fit quelques pas.
- J’ai assisté à sa cérémonie du Motorihaïra, il y a de cela quinze ans à présent. Pour ma récente montée au trône, j’avais effectué une visite dans Aïtora. Narphaï est un grand Zvaï qui aura sûrement de l’avenir.
- Je suis tout à fait d’accord avec vous, Madame.
Adiamanta sourit.
- J’espère qu’un jour, tu auras l’honneur de voir une cérémonie du Motorihaïra.
- Je l’espère aussi.
- Tu verras ainsi tous leurs rites et traditions. C’est très intéressant.
Elle frappa dans ses mains.
- Laissons là les Zvaïs et continuons avec nos épreuves. Une autre t’attend, tu devrais y aller de ce pas !
- D’accord Madame. »
Le passe partout émit de la lumière bleue et emporta Martin vers l’inconnu. Il arriva dans une pièce sombre à cause de la couleur de la pierre. Il passa le bout de ses doigts sur le mur glacial.
« - Je connais cette pierre, c’est du saphir.
Il tourna la tête pou s’intéresser à autre chose. Au centre de la salle était installée une fontaine - d’environ deux mètres de haut – elle aussi, faite de saphir. Elle était assez large et contenait un bon volume d’eau. Celle-ci apparaissait du ciel, de nulle part, pour venir s’écouler dans la fontaine.
- La magie m’étonnera toujours…dit Martin.
- …Et à jamais…continua une voix.
Martin fit le tour de la fontaine. Il n’avait pas vu la femme assise sur le rebord de l’autre côté. Elle était extrêmement fine, même son visage l’était, celui-ci creusé au niveau de ses joues pâles. Ces sourcils étaient à peine visibles. Ses longs cheveux blonds dégringolaient sur son dos, tels une cascade figée. Sa robe bleue, violacée par endroit, était légèrement transparente, faisant un peu ressortir ses formes. Elle portait à son cou un saphir taillé en forme de goutte d’eau.
- Je suppose que vous êtes la reine de ce royaume, dit Martin.
- Tu es perspicace à ce que je vois, dit la femme, avec une pointe d’ironie malicieuse dans sa voix.
- Etes vous la reine de l’eau ?
- Tu as raison et tort à la fois…
Elle se tourna vers la fontaine et plongea sa main dans l’eau.
- L’e au fait parti de mon sentiment…mets ta main dans l’eau.
Martin regarda tour à tour la reine et la fontaine. Puis il remonta sa manche et enfonça sa main dans le flot. L’eau était tiède, on pourrait presque dire chaude.
- Cette eau est formée à partir de larmes, expliqua-t-elle.
- Que voulez dire par-là ?
Elle soupira, mettant ses mains sur ses cuisses.
- Que je suis la reine de la tristesse et de la peine. Je me nomme Séphérite, et je suis la gardienne du saphir.
Martin observa la reine, les sourcils froncés.
- Vous n’avez pas l’air si triste que ça !
Elle sourit, amusée.
- Cela se voit que tu ne m’as jamais vu dans le monde réel quand j’y étais ! Identiquement mon caractère, je m’appelais Madeleine à l’époque, et tout comme le dit l’expression, je ne cessais de pleurer comme une Madeleine !
Martin sourit également.
- Mais éclairez moi un peu sur cette fontaine, je ne comprends pas…dit-il.
- Toutes les larmes versées à cet instant dans les deux mondes s’écoulent dans cette fontaine. Tu ne le vois pas, mais sous cette salle, les larmes vont dans les milliards de canaux différents par un procédé magique, et finissent dans un flacon. Chaque personne vivant dans les mondes en possèdent un. Ainsi, je peux comparer les différentes quantités de larmes.
Une question tournait dans la tête de Martin, mais il avait peur d’être indiscret. Il céda quand même.
- Et quelle est la personne qui a le plus pleurer ?
Séphérite se pinça les lèvres.
- Je ne te le dirais pas, mais c’est quelqu’un que tu connais.
- Je comprends…
A présent, comme il savait que c’était une personne de son entourage, il avait davantage envie de savoir de qui il était question, mais, il n’insista pas. C’était mieux comme cela, car il sentait qu’il allait le regretter sinon.
- Passons à ta prochaine tâche. Tu devras me récupérer une larme de Zvaï.
La joie revint dans l’esprit dans l’esprit de Martin, il allait revoir Narphaï.
- Mais pourquoi me demandez vous ceci ? Les larmes ne coulent-elles pas dans la fontaine ?
- Bien sûr. Mais celles des Zvaïs ont une particularité, elles s’évaporent.
- Elles s’évaporent ? demanda Martin étonné.
- Oui. Après quelques secondes en dehors du corps, elles se dissipent dans l’air. C’est un peu bizarre et ça ne s’explique pas, c’est comme ça.
Elle replongea sa main dans le fond de la fontaine et en sortit un tube, décoré de feuilles de cristal, qui était magnifiques. Il était bouché d’un grossier bouchon de liège.
- Récupères la larme dans ce tube, et surtout bouches le bien, sinon, elle s’évaporera, recommanda Séphérite.
Elle tendit le flacon à Martin, qui le rangea délicatement dans sa poche.
- De plus, la difficulté est dans le fait que les Zvaïs sont difficiles à émouvoir.
- Mais pour récupérer les pierres, je ferais tout !
- Je l’espère bien ! Sinon je ne vois pas la raison de ta venue ici ! »
Le passe partout s’illumina et Martin se téléporta au Royaume des Pierres. Là-bas, c’était la fin de l’après-midi. Il avait atterrit à proximité de la cité d’Aïtora, qu’il atteignit après une dizaine de minutes de marche à travers la forêt. Il se concentra et se mit à léviter afin d’atteindre Aïtora, la ville en hauteur. Il arriva sur la plate forme de bois. Il fallait qu’il trouve Narphaï. Il ne le vit pas dans le bouleau. Mais, heureusement, il le croisa dans la rue des commerces zvaïs. Narphaï était aussi heureux que Martin de le revoir.
« - Ca alors, dit celui-ci, je ne m’attendais pas à te voir ici !
- Et pourtant, je suis là.
- Viens, allons chez moi.
Ils se mirent en route, jusqu’au moment où ils arrivèrent devant un grand marronnier.
- Nous y voici ! s’exclama le Zvaï en désignant l’arbre.
Ils entrèrent et descendirent, tout comme dans le bouleau de Martin, un escalier gravé. La seule différence était que les motifs étaient peints de couleurs pastels qui ajoutaient de la vie à leurs belles formes. Il débouchait dans une salle chaleureuse. La fenêtre était ouverte. Au centre, une grande table de bois, où était installé un vase contenant des roses blanches, entourée de chaises. La pièce était elle-même parfumée de l’odeur agréable des soirs d’été. Au fond de la salle, il y avait un second escalier descendant.
- Assieds toi donc, dit Narphaï.
Martin s’installa sur le grand canapé orange en velours, qui était très confortable.
- C’est super chez toi, approuva Martin.
- Merci, répondit Narphaï qui rougit légèrement.
Il claqua dans ses mains.
- Justement j’ai un présent pour toi.
Il se retourna et ouvrit l’armoire en noyer. Il en sortit une épée dans son fourreau de la blancheur de la neige.
- Tu te souviens, la dernière fois, tu m’avais dit que tu n’avais pas d’épée. Alors, je t’en ai fait forgé une.
Il lui donna le fourreau. Martin la dégaina délicatement. L’épée était de toute beauté. Sa lame grise claire avait des reflets dorés et cuivrés. La poignée était constituée de branches torsadées de métal blanc. Au bout des trois rameaux, il y avait des feuilles d’érables en cuivres, sur une desquelles était incrustée une azurite.
- Elle est magnifique, avoua Martin. Mais en quoi est-elle donc faite ?
- La lame est composée à moitié d’argent, un quart d’or et un quart de cuivre. Les atomes ont tellement été concentrés qu’elle est indestructible. La poignée est en argent blanchi, les feuilles en cuivres. Et j’ai choisi la pierre car elle a la même couleur que tes yeux.
- Merci.
- De plus, celle-ci est magique. C’est une pierre de souvenir.
Martin haussa les sourcils.
- Une pierre de souvenir ?
- Ou de stockage si tu préfères… Tu peux y laisser dedans des souvenirs, des images, que tu pourras sortir à tout moment dans ton esprit. Lors d’un combat, tu peux par exemple, utiliser un souvenir vengeur ou de colère, que tu auras mis dedans à l’avance.
- C’est vrai que c’est utile.
Martin ne pouvait plus détacher son regard de l’épée tellement elle était belle.
- Je…je ne sais pas comment te remercier… dit-il ému du cadeau qu’on venait de lui offrir.
- Tu n’as pas à me remercier, tant qu’elle te sera utile.
Martin rangea, presque déçu de devoir la remettre, l’épée dans son fourreau blanc. Narphaï assit dans le fauteuil en face du canapé.
- Alors, dit-il. Dis moi les raisons de ta venue ici.
Martin lui expliqua alors l’épreuve qu’il devait accomplir. Quand il eut fini, Narphaï se mit à rire.
- Si tu arrives à faire pleurer un Zvaï, je fais le tour du Royaume sur les mains !
- Ce sera inutile de le faire dans les deux cas…
- C’est vrai…avoua Narphaï en arrêtant de rire.
Martin se frotta les mains.
- T’as une idée Narphaï ? demanda-t-il.
- Aucune…
Ils réfléchirent en silence, le regard dans le vide. Des bruits venant de l’escalier les tirèrent de leurs pensées.
- Ah ! s’exclama Narphaï en souriant. Ca doit être elle.
Il se redressa du siège, Martin haussa les sourcils.
- Qui « elle » ? » demanda celui-ci.
Le Zvaï n’eut pas le temps de répondre à sa question. Une jeune et belle Daïgora entra dans la pièce. Elle était absolument ravissante. Sa chevelure ondulée tombait sur son dos nus, qui supportait le poids d’une paire d’ailes blanches. Tout comme Narphaï, son visage était fin et pâle, et ses yeux en amandes étaient bleus azur. Ses grandes oreilles étaient recourbées vers l’avant et elle portait sur les deux fils d’argent torsadés un grenat en forme de cœur, symbole de l’amour, c’était la pierre que lui avait destiné l’eau magique du Motorihaïra. Sa robe blanche tel de la neige était bordée d’un délicat et fin fil pourpre.
Elle émit un petite exclamation d’étonnement en voyant Martin.
« - Ne t’inquiètes pas, lui dit Narphaï, c’est un ami.
Alors, elle sourit, étirant ses belles lèvres couleur d’une rose mauve.
- Martin, dit Narphaï, voici Eleneï, fille de Yaritaï. Eleneï, voici Martin.
Ceci dit, elle croisa ses mains sur ses épaules et s’inclina.
- Logaï az toï monaïto, Martin.
Celui-ci frémit. Il n’avait pas eu l’occasion d’entendre la voix d’une Daïgora. Celle-ci semblait s’écouler telle un filet d’eau, mais était aussi puissante que la foudre qui s’abat sur terre. Il fit la même chose qu’elle. Il essaya ensuite de deviner qui elle était au yeux de Narphaï.
- Ah…euh…oui…bredouilla celui-ci qui voyait que Martin cherchait l’identité de la Zvaï. Eleneï est ma fiancée.
Ses paroles frappèrent Martin qui ouvrit grands les yeux, bouche bée.
- A ton âge ?
Narphaï souleva un sourcil.
- Je veux dire, reprit Martin, tu as l’apparence d’un humain de 18 ans pas de 25.
- Tu as raison, dit Eleneï qui prit la parole avant Narphaï, mais les mariages zvaïs se font dans l’approche des 50 ans, ou 20 années humaines si tu préfères. C’est donc plutôt normal.
Martin, toujours étonné, ne savait pas quoi dire. Son regard, stupéfait, passait de Narphaï à Eleneï, tel lors d’un match de tennis.
- Bah ça alors ! s’exclama-t-il.
Les deux Zvaïs se mirent à rire. Lorsqu’ils eurent fini, Eleneï s’éloigna un peu dans la pièce et Narphaï prit Martin à part.
- Je viens d’avoir une idée pour ta tâche.
- Vas-y ! Dis moi !
Narphaï regarda Eleneï du coin de l’œil, sans s’empêcher de sourire.
- Eleneï est une Zvaï assez sensible et…
- Tu veux dire, qu’elle pourrait être la cible idéale ?
- Exactement, sans trop, non plus, l’attrister. Mais, si tu veux que cela marche, il ne faut pas lui dévoiler qui tu es et ce que tu fais. Sinon, elle se retiendra, c’est sûr.
- J’ai compris…dit Martin. Alors, je me ferais passer pour…
Il réfléchit quelques secondes et s’arrêta sur sa première idée qui lui venait à l’esprit.
- Bah…un peu la vérité…juste un jeune aventurier que tu as rencontré depuis peu.
- On fait comme cela. »
Ils rejoignirent la Daïgora, seule sur le canapé.